Mali : les carnets sombres de la «kalach-Haya»

| 07.03.2014
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Mali : les carnets sombres de la «kalach-Haya»
© DR / Autre Presse
Mali : les carnets sombres de la «kalach-Haya»
Sur les terres maliennes de Kati, le match entre rouges et verts tourne aux... charniers. Pratiquement chaque jour apporte son lot de découverte macabre. Dans la guerre des bérets consécutifs à la prise de pouvoir par le désormais général Amadou Haya Sanogo, le sang rouge des bérets rouges et verts crie justice...

Kati n'a pas fini de livrer ses secrets. Dans cette localité située à 15 kilomètres de Bamako, la capitale du Mali, se trouve un camp militaire célèbre, devenu célébrissime depuis mars 2012, lorsque le capitaine Amadou Haya Sanogo, propulsé depuis général, a conduit l'expédition punitive qui a délogé Amadou (son homonyme) Toumani Touré, alias ATT, du palais de Koulouba. C'est en effet depuis Kati qu'à la tête d'une escouade de bérets rouges bon teint, Haya Sanogo est allé faire son numéro à Bamako, la capitale. Et a pris alors la tête de la junte militaire qui s'est emparée des rênes du pays. Un putsch bizarre, à quelques semaines de la fin du mandat du président élu et en exercice, et qui a suscité, quelque temps après, une réplique des bérets verts du palais de Koulouba. Dans cette valse de coup d'Etat et de contre-coup d'Etat, les bérets, verts et rouges, ont dansé la «kalach-Haya».

On se demandait bien si les nombreux «bérets» disparus avaient trouvé quelque vert pâturage pour se mettre au vert le temps que ça se tasse. On n'avait pas fini de se perdre en conjectures sur leur sort lorsqu'en décembre dernier, tel un chercheur d'or qui trouve un filon porteur, la justice découvre un pot-aux-cadavres. Vingt-et-un corps de militaires bérets rouges gisaient tranquillement dans un charnier. Sanogo est interpellé, fait le gros dos avant d'être amené manu militari puis inculpé. D'autres tombent dans les filets judiciaires.

Ainsi, l'Amadou de Kati aura tourné sa kalach contre ses propres bérets? La justice, elle, ne lâche pas son filon et cherche d'autres corps, dans un Kati devenu tombeau. Et pendant que les familles des militaires disparus réclament toute la lumière sur cette ténébreuse affaire de bérets rouges, on découvre d'autres horreurs. Avant qu'un puits ne livre un nouveau corps le week-end dernier. L'affaire, qui a déjà enregistré l'inculpation d'une vingtaine de personnes, presque toutes des militaires, pour «complicité d'enlèvement, d'assassinat ou de complicité d'assassinat», prend ainsi une autre tournure.

La nouvelle victime livrée dans la nuit de samedi à dimanche par ce puits d'environ 50 mètres de profondeur, un béret vert, serait-elle celle du colonel Youssouf Traoré, ancien chef des opérations spéciales de l'ex-junte et l'un des proches compagnons du capitaine Amadou Haya Sanogo? En tout cas, c'est ce qu'indique une source proche de l'enquête. Ce colonel fait partie des putschistes en 2012 qui se sont ensuite opposés à Sanogo. «Enveloppée dans une bâche» avec «une paire de galons de colonel», cette... pièce à conviction en décomposition avancée a été découverte sur les instructions d'un «caporal actuellement aux arrêts, ancien homme de main du général Sanogo». Il faudra bien entendu une autopsie pour confirmer si le quidam de ce puits est bien le corps du colonel Youssouf Traoré.

En attendant, à Kati, on se demande bien quel autre puits livrera un nouveau béret, rouge ou vert. Et l'on peste contre la furie de celui qui a tenu Kati et Bamako entre ses mains pendant plus d'une année, négociant finalement à bon compte sa sortie avec des galons tout neufs de général et un statut d'ancien président de la République. De l'endroit où il se trouve aujourd'hui, au frais entre les mains de la justice, il peut alors méditer sur ce retournement de situation. D'autant que la justice semble déterminée à rendre toute la... justice dans cette affaire dans laquelle tout le monde voit rouge!

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