Pour le gouvernement Tiao, le haussement de ton des structures syndicales et/ou des travailleurs du public tombe assurément au mauvais moment. Et pour cause, l'actualité politique montre depuis plusieurs semaines des signes évidents de durcissement entre acteurs de la scène politique nationale. Dans ces conditions, le fait de se retrouver avec les travailleurs sur le dos ne va sans doute pas contribuer à calmer la situation. Bien au contraire, cela risque de compliquer la tâche à une équipe gouvernementale que la rue ouagalaise donne partante quasiment tous les week-ends.
En tout cas, les travailleurs, eux, sont montés au front pour dire tout le bien qu'ils pensaient de la politique actuelle. C'est le cas au niveau du ministère de l'Economie et des Finances où Lucien Marie Noël Bembamba, le ministre des "feuilles", et ses principaux collaborateurs ont préféré filer à l'anglaise, pardon à la ouagalaise, pour éviter le courroux des agents de leur département. Ces derniers, ayant décidé que la coupe était pleine pour cause de traitements discriminatoires entre agents, ont donc pris sur eux de mettre la machine administrative au ralenti.
Du reste, la détermination des travailleurs serait maximale, si l'on en juge par les informations recueillies autour du dossier. Ce qui promet bien des surprises avec ceux-là mêmes qui sont chargés de collecter et de bien gérer les deniers publics.
Au niveau de la Justice également, Dramane Yaméogo, expert ès malcauses selon certains de ses collaborateurs, a désormais fort à faire avec le corps des greffiers et greffiers en chef. Là encore, la raison est liée à un traitement discriminatoire et à propos duquel le premier responsable du département n'aurait rien trouvé de mieux à faire que de botter en touche. Conséquence, ça risque de chauffer très bientôt (c'est déjà le cas) dans les salles d'audience où les greffiers (recrutés au même niveau que les magistrats mais bénéficiant d'un traitement salarial de deux tiers inférieurs) ont promis de mettre fin à la politique du poulet plumé. Selon toute vraisemblance, le statut particulier qui leur a été promis depuis des lustres peine encore à emprunter les escaliers de l'Administration financière, tandis que celui d'autres corps tels que ceux de la Police ont, eux, depuis longtemps, emprunté l'ascenseur pour se concrétiser aujourd'hui en espèces concrètes, sonnantes et trébuchantes. Et c'est bien ce qui fâche dans les couloirs de l'Administration publique. En témoigne la colère d'agents des médias publics, furieux d'apprendre que leur affaire de statut particulier ou spécial ne sera pas une réalité.
Conclusion de quelques-uns parmi eux manifestement déçus de la tournure prise par les événements: «Nous, nous n'avons rien pour pousser et nous faire entendre, les autres, eux, ont des armes et les clés du coffre-fort», lâchent-ils dans un brin de colère teinté d'ironie.
Dans l'enseignement également, ce sont les questions indemnitaires qui ne donnent pas satisfaction. Tant et si bien que les mots sont de plus en durs pour dénoncer cet état de fait. C'est le cas de ce responsable syndical pour qui le gouvernement s'illustre par sa mauvaise foi et par une attitude dilatoire pour esquiver les vraies réponses aux demandes des travailleurs. Ainsi, tous les remous actuels seraient, à l'en croire, le résultat de l'accumulation de rendez-vous sans résultats.
Il est vrai que face au manque de résultats tangibles sur le dossier des négociations entre le gouvernement et les syndicats, la base cache mal son irritation. D'où la rudesse des propos de ces derniers jours. Du reste, le mot d'ordre de grève générale de ce début de mois de février 2014 n'est que la manifestation d'un sentiment de colère qui se manifeste par des réunions houleuses entre responsables.
Ici ou là, en effet, l'on dénonce ouvertement des augmentations salariales en trompe-l'œil, au contraire d'une inflation de plus en plus galopante. Pendant ce temps, ajoute un autre, le gouvernement continue d'afficher, dit-il, un train de vie ostentatoire.
D'autres encore font un lien rapide avec la mise en place controversée du Sénat qui ne serait à leurs yeux qu'un gaspillage de trop, alors même que plusieurs secteurs sociaux pourraient en bénéficier.
C'est dans ce contexte que, flairant sans doute le coup, l'opposition burkinabè, par la voix du Chef de file de l'opposition, a multiplié les appels du pied en direction des syndicats afin d'asseoir une unité d'action. La Confédération générale des travailleurs du Burkina, la CGT-B, à travers son leader, Basolma Bazié, a déjà fixé les conditions d'un tel rapprochement. A savoir l'établissement au préalable d'un accord.
Au CFOP, l'on ne s'est pas fait prier pour réfléchir déjà à cette éventualité, si l'on en croit les informations y relatives. Et même qu'une rencontre était normalement prévue dans ce cadre. Une perspective qui, si elle devait aboutir, ne ferait pas les affaires du gouvernement. D'où les annonces dans la presse et dont la finalité est toute connue: empêcher une jonction entre le front politique et le front syndical au Faso....
A. Traoré