La stratégie de gouvernance de l'ex-président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, était bâtie autour du slogan «diviser pour mieux régner». Dans l'Armée, il a bien appliqué cette stratégie.
Compaoré a créé son Régiment de sécurité présidentielle (RSP) au sein de l'Armée de terre. Ce régiment se comportait comme une armée dans l'Armée. Le nombre des hommes qui le composent se situe entre 800 et 1 000 selon plusieurs sources. Le RSP devait s'occuper de la sécurité du président et de sa famille. En effet, c'était lui qui gardait François Compaoré, frère cadet du président.
Le RSP était le mieux équipé. La quasi-totalité des bonnes armes, celles que l'on voit défiler chaque 11-Décembre, y étaient stockées. Les manifestants des 30 et 31 octobre 2014 se sont rendu compte de l'impressionnant équipement que détenait le RSP, dont le numéro deux est le président actuel, le Lieutenant-Colonel Yacouba Zida. Le RSP fait des jaloux et des frustrations dans l'Armée. Mieux traité financièrement, il arborait des tenues différentes de celles du reste de l'Armée.
La première mesure concernant l'Armée devrait être de dissoudre ce régiment. La sécurité du président et des autres personnalités devrait être confiée soit à la police, soit à la gendarmerie, ou les deux à la fois. Dans son rapport, le Collège de sages n'a-t-il pas proposé comme recommandations (2.2.8): «Organiser la protection républicaine du chef de l'Etat par la gendarmerie et la police»? Le RSP acceptera-t-il de perdre ces avantages? Le Lieutenant-Colonel Zida semble avoir pris la mesure de la situation. Il a abandonné sa tenue du RSP pour porter celle propre à toute l'Armée. Dans sa garde rapprochée, des gendarmes sont visibles. La dissolution du RSP et son reversement effectif à l'Armée de terre implique que le tout-puissant chef d'Etat particulier de la présidence, le général Gilbert Diendiéré, se soumette au chef d'Etat-Major de l'Armée de terre en attendant une affectation à un nouveau poste.
La deuxième proposition de réformes de l'Armée est l'application effective des statuts qui régissent l'Armée. Faire la politique, occuper un poste électif, nominatif, ou gérer une association par exemple, doit répondre aux critères des statuts propres de l'Armée. Au Burkina, on assistait à une pagaille. Des militaires ont avancé en grade alors qu'il occupait des postes dans des bureaux de partis politiques. Des militaires sont présidents d'associations, d'autres sont devenus de véritables commerçants, des entrepreneurs, etc. Pourquoi nommer un général de gendarmerie qui ne sert pas la gendarmerie? Toutes ces insuffisances doivent être corrigées.
Autre proposition de réformes, l'utilisation des hommes. Le Burkina Faso compte plus de généraux qu'il n'en fallait. Le pays n'a pas besoin de plus d'un général. L'effectif actuel de l'Armée ne dépasse pas une division. Dans ce cas, on n'a pas besoin d'autant de généraux pour gérer cette division. Pourtant, des généraux de division et même de brigade sont là sans que le schéma de commandement existe. Les galons que Compaoré a attribués ne sont pas toujours conformes à l'esprit de l'Armée. Alors, il faut corriger. Pour les occuper, ils sont nommés ambassadeurs. Après les généraux, le pays compte un grand nombre de colonels. Ils sont tellement nombreux qu'ils sont utilisés à d'autres postes. Des colonels sont nommés gouverneur de région, haut-commissaire de province, chefs de projet. Ils ne sont pas à leur place, parce que l'on ne saurait investir dans la formation des militaires et leur spécialisation pour ne pas les utiliser à autre chose.
Une autre réforme à proposer concerne les allocations de ressources dans le budget de la défense. Quelle est la part du budget qui revient à la défense? Quels sont les avantages que les militaires doivent avoir lorsqu'ils sont en mission? Sous Blaise Compaoré, la culture du mythe, du secret, a entouré ces questions, à tel point que des rumeurs ont toujours alimenté les causeries dans les casernes. Une meilleure information sur ce qui peut être dit, tout en tenant compte du secret de la défense, permettrait d'harmoniser les connaissances de la troupe et éviter des revendications irréalistes. Enfin, l'Armée doit générer plus de ressources. Il est inadmissible que dans cette Armée qui regorge de spécialistes, des véhicules de l'Armée, même les voitures de patrouilles séjournent dans des garages privés pour la réparation. Qu'à côté du génie militaire, réputé pour son savoir-faire, l'Armée attribue des marchés de construction (soutes, camps militaires, bâtiments administratifs) à des entreprises souvent nouvelles qui n'assurent pas. Ce ne sont que des exemples. La boulangerie, la buanderie, l'atelier de couture de l'Armée doivent générer des recettes. Côté cuisine, toutes les commandes de vivres dans les casernes doivent provenir exclusivement de la production locale. Ainsi, l'Armée encouragerait la production nationale.
Djénéba Sangaré