La rue n’est pas encore satisfaite

| 05.03.2015
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La rue n’est pas encore satisfaite
© DR / Autre Presse
La rue n’est pas encore satisfaite
Après l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, qui a eu raison de l'ex-président Blaise Compaoré, la rue n'a pas fini de se faire entendre. En effet, les mouvements de contestations ont gagné presque toutes les régions et les couches sociales du Burkina Faso.


Le projet de révision de l'article 37 de la Constitution qui a conduit à la chute de l'ex-président, Blaise Compaoré, a ouvert une large voie aux contestations populaires. Cela s'est traduit par le refus catégorique de la nomination de certaines personnalités à des postes de responsabilité et à des revendications pour de meilleures conditions de vie et de travail. « Les contestations sont la plus pure expression de la démocratie gouvernante », a dit l'ex-président du Parti pour la renaissance nationale(PAREN), Laurent Bado. « Je conseille seulement une chose aux contestataires qui se battent pour le non-retour aux erreurs, aux errements et aux fautes d'hier : qu'ils invitent le pouvoir à revoir telle nomination pour telle (s) raison (s) et non pas qu'ils fassent des injonctions au gouvernement qui finira par perdre toute crédibilité et toute autorité », a affirmé M. Bado, le 27 janvier 2015, dans les colonnes du quotidien Le Pays. La chute du régime de Blaise Compaoré, vieux de 27 ans, a été applaudie par de milliers de Burkinabè. Tout ceci est le signe d'une maturité du peuple burkinabè, de sa prise de conscience de ses libertés fondamentales et de son désir profond d'un lendemain meilleur. Souvent justifié ou non, en tous les cas, la rue a eu raison de l'ex-ministre de la Culture, Adama Sagnon, quelques heures seulement après sa nomination. Les acteurs culturels n'ont pas accepté Adama Sagnon à la tête de leur ministère de tutelle. Procureur du Faso, en 2006, c'est lui qui avait prononcé le non-lieu du dossier Norbert Zongo, le journaliste d'investigation assassiné en décembre 1998 à Sapouy. Comme par effet de contagion, la contestation populaire a fini par gagner divers secteurs de la vie sociale et professionnelle. Les bouchers ont pris aussi la rue, le jeudi 18 décembre 2014 pour demander la démission du directeur de l'abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso, Jules Palm. De même, les agents de la Centrale d'achats des médicaments essentiels génériques (CAMEG) ont contesté la nomination de leur nouveau directeur, Mahmadou Compaoré. Accusé d'avoir été proche de l'ancien pouvoir, la contestation de ses pairs a fini par l'éjecter du fauteuil de directeur général de la CAMEG. Les agents de la télévision privée Canal 3 ont aussi exigé la démission immédiate et sans condition de leur direction. Le ministère des Infrastructures, du Désenclavement et des Transports n'a pas échappé à ces mouvements d'humeur. Mobilisés comme un seul, la démission de leur ministre de tutelle, Moumouni Dieguemdé, a sonné le glas du bras de fer qui a duré plus d'un mois entre ce dernier et ses agents. Les anciens barons du régime Compaoré ont été la cible de la furie des manifestants. Des jeunes ont demandé le départ d'Assimi Kouanda, ancien patron du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), du quartier de Zogona. La grève des agents de la BRAKINA, l'incendie des installations de la mine d'or de Karma à Namissiguima, de la mine de manganèse de Tambao (au Centre Nord), la crise à l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina(UNPCB), à la Filiature du Sahel (FILSAH) à toutes ces contestations, la question qui taraude l'esprit des Burkinabè semble être claire: la population est-elle sortie du bois que maintenant ?

Construire une nation juste

L'insurrection populaire a ouvert le champ des possibles revendications tous azimuts. Sans preuve, parfois sur la base de rumeurs, brûlant les étapes (pas de plateforme revendicative, pas de préavis, pas de négociation), l'on revendique à tout va. La suspension des conseils régionaux et municipaux, ainsi que de quelques partis politiques de l'ancienne mouvance présidentielle, la nationalisation de la Société de construction et de gestion immobilière du Burkina (SOCOGIB) annoncée auparavant par le Premier ministre, Yacouba Zida, ce sont autant de décisions qui ont conforté le peuple qui estime que le propre de toute révolution est de satisfaire les besoins de ceux qui ont milité à sa naissance. Mais, en cédant aux multiples revendications, les autorités de la Transition semblent avoir ouvert la boîte de pandore. Or, l'impératif aujourd'hui, c'est de respecter l'esprit et la lettre de la Transition, mais aussi de restaurer l'autorité de l'Etat et la confiance avec le peuple. La réaction de la société civile n'était-elle pas prévisible ? De toute façon, cela semble être un message, on ne peut plus clair, à l'endroit des dirigeants de la Transition et de toute autre personne appelée à occuper quelque responsabilité que ce soit. Et ce message peut se résumer en ces termes : « Plus rien ne sera comme avant ». Selon les manifestants, c'est d'ailleurs en cela que l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 trouve tout son sens : le rejet d'un système, d'une manière de faire. Mais, la grosse préoccupation est : le gouvernement va-t-il toujours se plier aux humeurs de la foule ou trouver des moyens pour calmer leurs ardeurs ? Que les autorités en charge de la Transition sachent qu'à travers les choix opérés et la gestion des différends qui vont surgir, c'est leur crédibilité, voire leur légitimité qui est en jeu. Et que nul ne se trompe ni d'adversaire ni de combat. Chacun doit savoir jouer le rôle qui est le sien. Aux autorités de la Transition, il s'avère nécessaire de gérer rigoureusement les tâches à elles confiées, car le peuple semble désormais aux aguets. Aux acteurs de la société civile, il leur revient de contrôler l'action gouvernementale afin que leurs efforts conjugués de part et d'autre aboutissent à l'objectif recherché : l'édification d'une société saine et équitable après des élections libres et transparentes.

Abdel Aziz NABALOUM
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