Justice : La Transition jugée à l'aune du dossier Thomas Sankara

| 13.03.2015
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Justice : La Transition jugée à l'aune du dossier Thomas Sankara
© DR / Autre Presse
Justice : La Transition jugée à l'aune du dossier Thomas Sankara
S'il y a un dossier sur lequel les autorités de la Transition sont attendues, et de pied ferme, c'est bien celui du président Thomas Sankara. C'est peut-être pour anticiper sur des résultats qui pourraient ne pas être à la hauteur des attentes du peuple que le ministre de la Justice commence à préparer les esprits. D'après la Garde de Sceaux, le dossier du chef de la Révolution pèse lourd. En effet, force est de reconnaître que le président du CNR est devenu une idole pour une frange importante de la population burkinabè. Il a transcendé les âges et les idéologies. Tout cela confirme, près de trente ans après, sa célèbre phrase: «Tuer Sankara et des millions d'autres Sankara naîtront.» C'est un fait vérifiable et palpable à travers le Faso, et encore plus à travers l'Afrique.


Même certains de ses ennemis des premières heures de la révolution d'août admettent que ce bouillant capitaine avait l'intégrité et le patriotisme dans ses veines. Or, ce sont ces valeurs qui font défaut à la société actuelle. Au regard d'une telle position dans le subconscient des Burkinabè, toute décision prise en relation avec cet homme est analysée sous tous les angles. Sans exagération aucune, on peut affirmer que ce dossier sera le baromètre de la réussite de cette transition. Or, pour l'instant, le gouvernement du duo choc Kafando-Zida n'a fait que des déclarations. Rien de plus. Même la récente décision prise en Conseil des ministres n'a pas apaisé les craintes des fans de Thomas Sankara. Ces derniers ont peur que l'affaire soit noyée dans des procédures juridiques interminables. Tout en appréciant la décision prise de procéder à l'exhumation du père de la Révolution pour s'assurer que c'est bien lui qui gît dans cette tombe, de nombreux Burkinabè, à commencer par sa famille, demandent qu'un juge soit commis pour donner de réelles chances de succès à l'affaire. Car, s'il fallait se contenter de la seule exhumation, les choses pourraient se compliquer davantage. L'Etat pourrait considérer que le fait de rassurer les Sankara sur le lieu où repose leur parent est déjà suffisant. Or, la probabilité est grande que Thom Sank repose à Dagnöen.

En effet, dans le contexte chaud de l'époque, si le pouvoir du Front populaire avait voulu éloigner le corps de Thomas Sankara, il l'aurait mis en bière très loin de la capitale. Compte tenu de la toute-puissance militaire du Blaiso en son temps, personne n'aurait osé le contrarier. En outre, avec les défections qui se sont faites dans les rangs du parti au pouvoir à partir de 1991 surtout, les langues se seraient déliées pour mettre "la puce à l'oreille" des membres de ses familles biologique et politique. Les autorités doivent donc s'attaquer au vrai problème pour cerner tous les contours du dossier.
La nomination d'un juge d'instruction est indispensable. Pour ce faire, Isaac Zida est fortement interpellé en sa qualité de ministre de la Défense. Il doit prendre ses responsabilités pour qu'enfin la vérité se fasse sur cette mort tragique du chef de la Révolution. La procédure judiciaire étant dans son principe très lente, il ne s'agit pas de demander au gouvernement de la Transition de trancher ici et maintenant. Il est plutôt attendu de ses dirigeants qu'ils prennent des actes courageux qui feront en sorte qu'aucun pouvoir politique ne puisse plus arrêter la machine. Il est plus que temps de crever l'abcès de cette affaire Thomas Sankara qui n'a que trop duré.

C'est vrai que c'est plus facile à dire qu'à faire, à cause du poids militaire de ceux qui sont accusés, à tort ou à raison, d'être au cœur de cet assassinat odieux. Et les bruits de bottes de certains éléments du Régiment de sécurité présidentielle peuvent ramollir la fougue de Zida.

Adam Igor

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