Invalidation des candidatures : des avis divergents à Bobo-Dioulasso

| 27.08.2015
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Invalidation des candidatures : des avis divergents à Bobo-Dioulasso
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Invalidation des candidatures : des avis divergents à Bobo-Dioulasso
Le Conseil constitutionnel du Burkina Faso a invalidé, mardi 25 août 2015, des candidatures aux élections législatives de ceux qui ont soutenu la révision de l’article 37 de la Constitution, conformément à l’article 135 du code électoral. A Bobo-Dioulasso les citoyens ont des avis divergents sur cette décision.


Zakaria Bayiré, inspecteur des impôts : «La justice burkinabé s’est vraiment affirmée».

En tant que citoyen, surtout épris de justice, je m’incline devant cette décision des grands sages de la République. Mais je souhaite que toute la magistrature puisse suivre le courage que le Conseil constitutionnel a pris, c’est-à-dire poursuivre tous ceux qui ont commis des crimes de sang et des crimes économiques dans ce pays, ne pas se limiter à ceux qui ont tenté de réviser l’article 37 de la Constitution. C’est une décision juridiquement défendable, mais discutable sur le plan politique. Je ne suis pas contre le fait que le Burkina Faso n’ait pas appliqué la décision de la cour de la CEDEAO. C’est une décision qui n’est pas obligatoire d’application pour le Burkina Faso. Nous devons appliquer notre droit national et ensuite aller au plan supranational, si toutefois il y a des insuffisances. La justice burkinabé s’est affirmée et mon souhait est que cela puisse avoir des répercussions sur d’autres domaines.

Moussa Zerbo, membre du bureau national de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) : « Le droit a été dit »

Nous prenons acte de cette décision du Conseil constitutionnel. Nous pensons que le droit a été dit, quand bien même nous aurions voulu que tout le monde puisse prendre part aux élections. Les acteurs politiques sont responsables et nous ne voulons pas de remous.

Eloi Sawadogo, président de la Ligue des jeunes : «Nous félicitons la décision de la Cour constitutionnelle»

En tant qu’acteur de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, c’est avec satisfaction que nous avons reçu l’information. Nous félicitons la décision de la Cour constitutionnelle. Je pense que la décision a été prise en tenant compte des recommandations de la cour de la CEDEAO, étant donné que ce ne sont pas des partis politiques qu’on exclut, mais des individus. De plus, cette cour ne s’était pas prononcée lorsque Blaise Compaoré a voulu modifier l’article 37 et que l’opposition et la société civile ont reconnu que cette Constitution est modifiable, mais la décision prise ne l’a pas été en temps opportun. Nous allons avancer vers les élections et nous mettons en garde toute personne qui compte œuvrer pour dégrader le climat politique au Burkina Faso.

Amara Sory, employé de commerce : «C’est au peuple de les voter ou pas»

Je cois que ce n’est pas normal d’invalider la candidature de ceux qui ont soutenu la révision de l’article 37 de la Constitution. C’est une question de choix. C’est au peuple de les voter ou pas. On prie pour qu’il y ait des élections apaisées, parce que ce qui est en train de se passer peut créer le désordre.

Paul Kafando, instituteur : «Il faut laisser tout le monde aller aux élections»

Je ne trouve pas cela juste. Si le peuple a accepté de marcher, c’est qu’il est conscient des choix qu’il fait. Il faut laisser tout le monde aller aux élections et au peuple de décider. Il ne faut écarter personne pour éviter des répercussions négatives. Le peuple est assez mûr pour choisir l’individu qu’il faut pour diriger ce pays.

Sakinatou Lingani, enseignante : «Nous avons trop vu avec eux»

Je suis pour l’invalidation des candidatures de ceux qui ont soutenu la modification de l’article 37 de la Constitution. Il faut qu’ils prennent un peu de temps et nous laisser en paix. Nous avons trop vu avec eux.

Djamila A. Guiré, élève en classe de 2nd : «Je trouve cette décision tout à fait normale »

Je trouve que la décision prise par le Conseil constitutionnel est tout à fait normale. Parce qu’après les 27 ans qu’a duré le règne de Blaise Compaoré, ses acolytes ne peuvent pas revenir et vouloir diriger ce pays. Il faut qu’il y ait un changement réel.

Mountamou Kani, journaliste : «Je n’ai pas été surpris par cette décision»

Je n’ai pas été surpris par cette décision du Conseil constitutionnel, dans la mesure où dès que la Cour de justice de la CEDEAO a ordonné au Burkina Faso de lever tout obstacle, le gouvernement de la Transition n’a pas pris de mesure pour mettre en application cette décision de justice. Ce n’est donc pas étonnant que le Conseil constitutionnel ait respecté une disposition juridique qui existe déjà. Mais à regarder de près, on a l’impression que le Conseil constitutionnel a plus ou moins interprété la décision de la CEDEAO.

Le gouvernement n’a ni révisé ni abrogé le code électoral. On comprend cette décision, même si le souhait de tous est que les Burkinabè puissent se retrouver sur des bases égales aux élections et sur beaucoup d’autres questions. Il ne faut pas oublier que cette invalidation va nécessairement créer des frustrations. Je salue ceux-là qui ont accepté s’incliner devant la loi, c’est très important, ça permet de calmer la tension.

La loi est certes dure, mais elle reste la loi. Elle frappe toujours un individu et non un arbre, il faut s’y plier.

Propos recueillis par
Rabalyan Paul OUEDRAOGO &
Nicole OUEDRAOGO
(Stagiaire)
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Micro trottoir

Issa Kiemtoré, commerçant : « Je suis contre la décision prise par le Conseil constitutionnel. On devrait les laisser tous concourir car, ils sont tous des Burkinabè. Ainsi, il n’y aura pas de problème à l’avenir. Sinon , la réponse du Conseil constitutionnel peut créer des malentendus. Par ailleurs, je pense que tous les Burkinabè ont soutenu la modification de l’article 37. Donc ils peuvent tous se présenter. Je précise que je ne suis membre d’aucun parti. Donc je ne défends personne, je donne mon point de vue sur ce qui devrait être fait ».

Abibata, ménagère : «De mon avis, le Conseil constitutionnel a bien fait de les écarter. Car ceux qui sont à l’origine du sang versé ne doivent plus se présenter. Pour cela, je loue la décision prise par le Conseil constitutionnel ».

Saïdou Sawadogo, commerçant : « Cette décision est intègre. Que les présumés responsables assument donc leurs actes. On ne les déteste pas. Nous sommes tous des Burkinabè et c’est notre devoir de respecter la loi. La décision est sage, qu’ils s’assument donc ».

Mariam Konfé, étudiante en première année en génie civile : «Le Conseil constitutionnel a bien fait d’écarter tous ceux qui ont soutenu la modification de l’article 37. La décision est sage et je pense que plus de la majorité des Burkinabè attendaient cette décision de la Cour. Je souhaite que les élections à venir se passent dans la transparence pour un Burkina de paix ».

Inoussa Zalé, ingénieur : « Je suis d’avis avec la décision de la Cour. S’ils veulent vraiment la paix, ces derniers doivent accepter car c’est ainsi que nous pourrons construire notre beau pays, le Burkina Faso. S’ils sont partants pour la construction du pays, ils n’ont qu’à accepter et laisser les jeunes se présenter à leur place ».

Vivian Bognini, ingénieur informaticien : «C’est une sage décision en tenant compte des recommandations de la CEDEAO et de notre Constitution. Je pense que pour la sécurité même de ces personnes ,et pour leur bien, l’invalidation les arrange parce que s’ils partaient en campagne, certains d’entre eux pouvaient se faire lyncher dans certaines localités, car les plaies sont toujours béantes. Donc, je pense qu’ils doivent accepter tourner la page, se préparer et revenir dans 5 ans pour l’intérêt supérieur de la nation ».

Ahmed Zougrana, commerçant : « Pour moi ce n’est pas une bonne idée parce que nous sommes tous des Burkinabè ; donc on devait les laisser se présenter. Même s’ils sont à la base de tout ce qui s’est passé, on doit les laisser tous concourir car nous sommes dans un pays démocratique ».

Propos recueillis par :
Yolande Tapsoba

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