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Enrôlement biométrique à Koudougou et à Réo : «Je vais voter avec ma carte scolaire»

| 19.05.2014
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Enrôlement biométrique à Koudougou et à Réo : «Je vais voter avec ma carte scolaire»
© DR / Autre Presse
Enrôlement biométrique à Koudougou et à Réo : «Je vais voter avec ma carte scolaire»
A Koudougou et à Réo, l'information semble la chose la moins partagée au sujet de l'opération de révision des listes électorales biométriques lancée le 29 avril 2014 et qui se poursuit jusqu'au 30 juin. Certains mêmes vont jusqu'à croire que pour les prochaines consultations électorales, ils pourront voter avec leur... carte scolaire. Tour d'horizon de mille et un problèmes sur une entreprise pourtant capitale.

A Koudougou, l'opération d'enrôlement des électeurs a débuté le lundi 05 mai 2014 au lieu du samedi 03 mai comme initialement annoncé. La faute à l'arrivée tardive du matériel d'enrôlement. L'opération qui devait prendre fin partiellement le dimanche 11 mai dernier a été prolongée jusqu'au mardi 13 mai 2014, à cause de la venue du Président du Faso. Mardi 13 mai, à la CECI (Commission électorale communale indépendante). Le président Dimanche S. Yaméogo indique que 37 équipes sont déployées dans les différents secteurs de la ville. A l'étape des 22 villages de la commune de Koudougou, 30 opérateurs y seront déployés et les 07 autres resteront dans les secteurs où le besoin se fera sentir. ''Les populations n'avaient pas l'information quand les opérateurs sont arrivés sur les sites. Ajouté au fait que tout le monde n'est pas concerné par ce recensement, on constate que les choses n'avancent pas'', souligne le président. Autre hic, certains ont perdu leur carte d'électeur. La consigne veut que ces derniers adressent une demande au président de la CENI comprenant la photocopie de l'acte de naissance ou la CNIB qui avait permis son établissement. Mais de nombreuses personnes ne veulent pas l'entendre de cette oreille et s'en vont.

Côté frais de fonctionnement, Dimanche S. Yaméogo estime qu'avec la taille de la commune de Koudougou, qui est l'une des plus grandes, ces subsides devraient être conséquents. «Certaines communes qui ont 5 ou 10 sites d'enrôlement ont les mêmes montants que nous. A chaque fois, on fait des propositions, mais elles ne sont jamais prises en compte», déplore-il. Quand nous quittions les lieux en fin de matinée, 4 654 personnes s'étaient déjà enrôlées depuis le début. A Ramongo (15 km de Koudougou), c'est à la mairie que nous croisons le président de la CECI de cette commune, Saïdou Ouédraogo. Dans cette localité, le début de l'activité a connu un léger retard et n'a pris corps que le dimanche 4 mai. La première inquiétude évoquée par notre interlocuteur, c'est le fait que les membres de sa commission n'ont pas encore reçu une réquisition de l'autorité. Il ajoute qu'ils n'ont pas été formés. «Seul un de nos opérateurs possède un moyen de locomotion. Ce qui complique leur redéploiement dans d'autres sites. Nos premiers aide-opérateurs ont tous démissionné. Leur traitement ne les satisfaisait pas. Ils perçoivent 30 000 FCFA pour toute la durée de l'opération qui est de 5 semaines. Ceux qui sont là se sacrifient et on espère qu'ils iront jusqu'au bout. Dans certaines localités comme Poa, il n'y a plus d'aide-opérateur», confie Saïdou Ouédraogo.

L'affluence est faible à Ramongo-Centre. En une semaine, les 5 opérateurs ont enrôlé seulement 137 citoyens. Après Ramongo, ils ont été déployés à Salbisgo.

La biométrie sous les arbres

C'est justement dans un quartier de Salbisgo, Kankalbilé, sur l'axe Koudougou-Sabou, que nous rencontrons Youssouf Naon, assis sous les arbres, sur un banc, devant son kit d'enrôlement. «En trois jours, j'ai enrôlé trois personnes. J'ai l'impression que personne n'est informée de notre présence ici», se lamente-t-il. Et les conditions de travail sont pénibles, étrange paradoxe, malgré le manque d'affluence. Cinq semaines de travail sans un seul jour de repos de 7h à 17h tous les jours. «En 2012, malgré l'affluence, le travail était relaxe. On avait quelques jours de repos avant de rejoindre une autre ville. Ma principale préoccupation, c'est la restauration. Tu as l'argent, mais il n'y a rien à acheter.

Au début, mon logeur voulait que je loue la case dans laquelle je dors ainsi que les bancs et la table. Heureusement, cela a été vite résolu. Je souhaite qu'on donne l'information aux populations avant notre arrivée», confie Youssouf Naon. A l'école de Salbisgo-Dapoya, 3 km plus loin, Tigayiri Dankan évoque les mêmes difficultés. Il ajoute qu'au début, certains opérateurs ont rencontré des problèmes avec le lecteur d'empreintes digitales du kit. Ici, beaucoup n'ont pas d'acte de naissance. Certains viennent pour s'enrôler avec des papiers administratifs de pays étrangers. Chez lui, la moisson est quand même meilleure : 19 inscrits lors de notre passage. «Les hommes politiques ont jeté l'éponge. Les années passées, les leaders politiques désignaient des personnes qui passaient de cour en cour pour motiver les populations à s'inscrire. Cette année, tous ont les yeux rivés sur le référendum et la présidentielle. Avec le faible taux d'inscrits en 2012 et celui de cette année, je parie que ce sont les Burkinabè de l'étranger qui choisiront notre président pour nous», opine un fonctionnaire.

En fin de matinée du même mardi 13 mai, cap sur Réo, capitale du Sanguié. La ville est calme et baigne dans une chaleur moite. Ce dont les Réolais se souviennent, c'est le meeting qu'a animé le président du Faso à la place de la Nation il y a juste trois jours, le samedi 10 mai. Se doutent-ils seulement que cela a un lien plus ou moins direct avec la présidentielle de 2015 ? Et que cette présidentielle dépendra de la qualité du fichier électoral que la CENI brandira ? Pas si sûr, à en juger par le peu d'engouement autour des sites d'enrôlement. Les causes ? Un manque d'intérêt, mais surtout, l'insuffisance d'information. Il faut dire que tout au long de notre randonnée, le constat majeur est que l'information est la chose la moins partagée de cette seconde phase d'enrôlement biométrique. Tenez : le maire de Réo, Anicet Bazié, n'a appris la présence des opérateurs que lorsque ceux-ci étaient confrontés à de multiples problèmes dont celui de logement. «Nous leur avons trouvé un site d'hébergement (la maison du jumelage, NDLR) et avons diffusé des communiqués à la radio FM de Réo pour inviter la population à sortir s'enrôler. Nous avons aussi mis en branle nos conseillers municipaux au niveau des secteurs et villages pour informer le public cible», confie l'édile de Réo. Anicet Bazié dit avoir été informé que les opérateurs rencontrent moult difficultés liées aux plaques solaires, aux accumulateurs d'énergie, aux ordinateurs...

La galère des aides-opérateurs

Ces opérations à Réo, selon Yves Yaméogo, superviseur communal, ont débuté le lundi 5 mai avec 22 opérateurs. «Nous avons eu au début des problèmes avec les accumulateurs. Ceux-ci ont été remplacés par des groupes électrogènes qui ne sont pas aussi en nombre suffisant», confie-t-il. Lui aussi pointe du doigt le manque d'engouement des populations. A Réo aussi de même qu'à l'échelle de toute la province, des aides-opérateurs ont préféré abandonner, car les 30 000 F de prise en charge pour les 05 semaines (moins de 1000 F/jour) étaient dérisoires à leurs yeux. Du reste, Isidore Bassolé, président de la CECI de Réo, reconnaît qu'il y a eu des bisbilles dès l'entame de l'opération liées aux contrats des opérateurs qui n'avaient pas reçu les 75 000 F et les 10 000 F de carburant de promesse. «Ils ont accepté de commencer le travail le lundi 05 mai sans leurs sous.

Mais maintenant, tout est entré dans l'ordre», précise Isidore Bassolé, ajoutant que trois aides-opérateurs ont jeté l'éponge au niveau de Réo. Côté mobilisation, le président de la CECI de Réo estime que pour les législatives et les municipales passées, les candidats, qui avaient un intérêt direct, se sont fortement investis pour faire sortir les électeurs potentiels, car leur sort en dépendait. «Maintenant qu'il s'agit d'une présidentielle, les leaders et les responsables des démembrements des partis politiques ne se sentent pas directement concernés», poursuit Isidore Bassolé. Pourtant, les hommes politiques de Réo prétendent avoir joué leur partition et rejette la faute sur la CENI qui n'aurait pas entrepris une campagne d'information de proximité. A part le maire de Réo (CDP) et Eugène Bamouni (UPC), nos efforts pour rencontrer des responsables de partis politiques ont été vains. Injoignables ou en déplacement.

«Je vais voter avec ma carte scolaire»

Eugène Bamouni, correspondant provincial adjoint de l'UPC, avoue qu'à leur niveau, ils ont aussi activé les responsables des comités de leur parti en vue de diffuser l'information. Cependant, il reconnaît qu'en tant que parti de l'opposition, ils n'ont pas les moyens nécessaires pour aller partout dans leur désir de sensibilisation. C'est pour cela qu'il estime que la CENI aurait dû prendre les devants pour sensibiliser les populations, surtout le public cible. Ce dernier est constitué de ceux-là qui n'avaient pas été enrôlés en 2012, mais aussi et surtout de ceux qui ont 18 ans ou qui auront 18 en novembre 2015. Les membres de ce dernier groupe sont majoritairement des scolaires.

Et Eugène Bamouni estime qu'on aurait pu mettre à contribution les chefs d'établissements pour porter l'information aux élèves. Il faut, là également, regretter qu'ils sont nombreux, les scolaires qui ne sont pas au courant qu'il y a une opération d'enrôlement dans leur ville. C'est le cas de Sandrine Bamouni, 18 ans, en classe de 4e et de Daouda Ouédraogo, 19 ans, en classe de 3e, tous deux au Collègue de la Nation de Réo. D'autres élèves rencontrés ne savent même pas ce que signifie une opération d'enrôlement, encore moins biométrique. Une élève de 19 ans, en classe de 3e, Jeanne Kanyili, plutôt candide, nous confie qu'elle pourra voter en 2015 car elle dispose d'une... carte d'identité scolaire.

Quand nous lui suggérons de se faire enrôler quand même, elle s'écrit qu'elle n'aura pas l'argent pour ça. «Monsieur, ce n'est déjà pas facile d'avoir l'argent du gâteau à la récréation», renchérit sa camarade, sans même nous laisser le temps de lui dire que cela était gratuit et refusant catégoriquement de nous dire son nom. «Heeiii, je suis en classe d'examen dèh», prévient-elle. Ignorance quand tu nous tiens ! Certains scolaires ont appris à la radio la présence de l'équipe d'enrôlement. Malheureusement, avec les cours, ils n'ont pas pu se libérer pour aller se faire enrôler. «Mon frère m'a dit d'aller me faire enrôler. Mais actuellement, nous faisons nos derniers devoirs et je n'ai pas encore eu le temps d'y aller», confie un élève du lycée provincial de Réo. Le hic, c'est qu'à notre passage (le mardi 13 mai), les opérateurs n'avaient pas fini avec les secteurs de Réo et étaient déjà déployés dans les villages. Eugène Bamouni promet qu'il avisera leurs comités dans les villages afin qu'ils donnent l'info directement dans les établissements. Belle résolution. Mais il faut craindre pour beaucoup, s'il n'y a pas de séance de rattrapage, que cela ne soit déjà trop tard.

Cyrille Zoma

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