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Zéro collectif a l’université de Ouagadougou : Le directeur de I’UFR/SH donne les raisons

| 15.03.2014
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Zéro collectif a l’université de Ouagadougou : Le directeur de I’UFR/SH donne les raisons
© DR / Autre Presse
Zéro collectif a l’université de Ouagadougou : Le directeur de I’UFR/SH donne les raisons
La corporation ANEB (Association nationale des étudiants du Burkina) de l'Unité de formation et de recherche en sciences humaines (UFR/SH) de l'Université de Ouagadougou a publié une déclaration dans laquelle elle demandait d'arrêter les mesures anti-étudiants au sein de l'UFR. Cela fait suite à un zéro collectif donné aux étudiants de première année d'Histoire. Afin de mieux comprendre la situation et avoir également la version de l'administration, nous avons rencontré le professeur Mamadou Zongo, directeur de l'UFR/SH.

 

Zoodomail: que s'est-il réellement passé entre les étudiants en première année d'histoire et leur enseignant ?

Professeur Mamadou Zongo : le cours de géomorphologie est assuré par un enseignant du département de géographie, en l'occurrence le Dr Sanou Dya. Ce cours avait été programmé au premier semestre de l'année 2012-2013. Mais il y a eu un problème de communication entre le département d'histoire et l'enseignant. C'est au département de géographie qu'il est prioritaire et la programmation en histoire n'a pas tenu compte de ce fait. Par conséquent, il n'avait pas pu assurer le cours parce qu'il avait programmé d'autres activités. Ce n'est qu'à la reprise, après les vacances, que le directeur adjoint de l'Unité de Formation et de Recherche en Sciences Humaines (UFR/SH) a rencontré les chefs de département pour faire le point du premier semestre. Il est ressorti de cette rencontre qu'au département d'histoire, il manquait cette seule matière pour finaliser le semestre 1 (S1). L'administration a donc donné jusqu'au 31 octobre 2013 au département pour que cours soit donné.

Comment s'est déroulé ce cours ?

L'enseignant a rencontré les étudiants et il leur a donné un cours polycopié de 47 pages. Il leur a demandé de le lire pour qu'ils se rencontrent après en vue d'échanger. Le cours s'est déroulé de cette manière. Au total, 18 heures de cours ont été données. Le cours a consisté à parcourir le document et à expliquer les aspects sur lesquels il y avait des incompréhensions.

Qu'est-ce qui a conduit au boycott du devoir ?

Le cours a pris fin le 30 octobre et l'évaluation a été programmée pour le 4 novembre. L'enseignant voulait faire le devoir le jour même de la fin du cours c'est-à-dire le 30 octobre, mais il y avait un problème de salle. Il a tenté de programmer pour le 2 novembre mais le problème de salle se posait toujours. Ce n'est que le 4 novembre qu'il a pu obtenir une programmation. Mais les étudiants ont réclamé 2 semaines pour se préparer. L'enseignant leur a dit que dans les textes il n'y a pas un délai de 2 semaines. Il n'y a pas un document qui dit qu'il faut 2 semaines entre le jour où on programme et la composition. Par la suite, les étudiants ont entamé des démarches et le délégué a rejoint l'enseignant dans son laboratoire de géophysique et à cette occasion, il a même rencontré le directeur adjoint de l'UFR/SH qui est dans le même laboratoire. Ce dernier lui a dit qu'il n' y a aucun texte qui fixait les 2 semaines. La seule chose qu'il pouvait faire était de négocier avec l'enseignant et voir éventuellement le chef de département pour qu'il intercède auprès de lui. Mais il a ajouté qu'aucune autorité administrative ne pouvait modifier la date donnée par l'enseignant. La date du 4 novembre a été maintenue et les étudiants ne se sont pas présentés pour l'évaluation. Ils ont choisi plutôt la date du 21 novembre 2013. Ce jour là, la scolarité n'est pas partie puisque l'enseignant n'a pas transmis de sujet. C'est ainsi donc que le zéro a été donné.

Que s'est –il passé par la suite ?

L'enseignant a, par la suite, informé le département du zéro collectif qu'il avait donné. Le chef de département a alors convoqué une rencontre pour le 2 décembre 2013 pour un conseil de département. A cette rencontre étaient présents le délégué d'histoire 1, la responsable de la scolarité et le Dr Sanou Dya. C'est l'étudiant qui a été le premier à intervenir et on lui a demandé d'expliquer ce qui s'est passé. Ce qui est ressorti de ses explications c'est qu'ils n'ont pas obtenu les 2 semaines qu'ils demandaient. Certains membres du conseil lui ont demandé si ce sont les 2 semaines qui posaient problème ou bien s'il y a autre chose. Il a répondu que, dans un premier temps, ils n'ont pas obtenu les 2 semaines et ils ont décidé de boycotter le devoir et il a dit aussi que par rapport aux 2 semaines, ils ont été manipulés et induits en erreur. A la fin, on lui a demandé s'il était prêt à demander pardon au nom des étudiants à l'enseignant. C'est alors qu'il a signifié que la programmation ne leur convenait pas et il a jouté que, d'ailleurs, le cours a été mal donné. Ces propos vont avoir une influence très importante pour la suite des événements parce qu'à l'université, quand les étudiants constatent qu'un enseignant donne mal son cours, ils informent le chef de département qui règle le problème avec l'enseignant. Mais ils ne peuvent pas résoudre eux-mêmes directement le problème. S'il y a un problème, ils le posent au moment où il est constaté mais pas après en avoir subi les conséquences. Quand il a ajouté que d'ailleurs le cours a été mal donné, cela a un peu choqué les enseignants. Après le délégué, la scolarité a expliqué comment les choses se sont déroulées jusqu'au boycott. A son tour, l'enseignant a pris la parole et a expliqué qu'il a fini son cours, il a programmé le devoir et ils ne sont pas venus. Il a donc donné le zéro. Il a dit aussi qu'il a été sur les lieux pour constater de visu le boycott et il a demandé aux étudiants de signer un papier indiquant qu'ils refusaient de composer. Ce qui n'a pas été fait.

Le département est aussi responsable de ce zéro collectif ?

Après avoir écouté ce qui s'était passé, le département a tranché à la majorité. Les enseignants ont dit que ce n'est plus un zéro donné par l'enseignant, mais c'est un zéro que le conseil de département s'approprie. Maintenant, c'est le conseil de département qui est l'instance statutaire chargée des questions pédagogiques qui s'est approprié du problème. J'étais en mission et quand je suis revenu, j'ai été mis au courant des événements. C'était la veille des congés et,à la reprise, j'ai échangé avec le directeur adjoint sur la situation. Mais on a décidé d'attendre le procès-verbal pour voir de quoi il s'agit. Mais entre temps, les étudiants ont manifesté bruyamment parce qu'ils ont rencontré le chef de département et ce dernier leur a dit que la tendance qui se dégageait était un zéro collectif. Il leur a demandé aussi de mettre sur écrit tout ce qu'ils reprochaient à l'enseignant parce qu'il ne pouvait pas s'ingérer dans une décision qui a été prise par une instance statuaire. Dans ce mémorandum, il est ressorti qu'il y avait eu un consensus sur la date du 30 novembre pour le devoir, que le cours a été donné en 18 heures et que l'enseignant avait un comportement qui ne permettait pas l'échange. Les enseignants ont dit que par rapport à ce mémorandum, il n'y avait pas de faits nouveaux. Et à une rencontre le 16 février 2014, le conseil de département a confirmé le zéro collectif.

Les résultats ont été publiés entre temps...

Les résultats ont été publiés le 19 février. Les étudiants ont manifesté et ont arraché les procès-verbaux et les ont brûlés. Ils sont allés exposer le problème à la présidence de l'université. La présidence a saisi l'UFR. L'assemblée générale de l'UFR s'est tenue le 20 février 2014 et la question du zéro a été encore posée. Mais à cette rencontre, personne n'a trouvé mot à redire sur le zéro collectif. Après tout cela, on a reçu le vice-président de l'université et on lui a expliqué la situation. Nous sommes allés par la suite expliquer le problème à la présidence le 21 février où nous avons été reçus par le président de l'Université. Il nous a fait savoir qu'il y avait des faits nouveaux qui concernent le volume horaire de 18 heures et la date consensuelle du 30 novembre. Nous avons rétorqué que ce n'était pas véritablement des faits nouveaux. Le président a reçu, par la suite, les étudiants et leur a expliqué que la décision a été prise par une instance statutaire et ce n'est pas une instance administrative qui peut remettre cela en cause. Nous avons encore rencontré le président et il nous a dit que si les étudiants disent qu'il y a des faits nouveaux, le mieux c'est de convoquer une nouvelle fois le conseil de département pour examiner les faits. Un conseil de département extraordinaire a donc été convoqué pour le 25 février. On a refait le tour de la question. L'enseignant a dit qu'il n'y a jamais eu une date consensuelle et il a confirmé avoir donné le cours en 18 heures. La parole a été donnée à tous les enseignants et à l'unanimité le zéro a été confirmé.

A quoi peuvent s'attendre maintenant les étudiants ?

Nous allons transmettre le PV du conseil extraordinaire à la présidence qui avisera. Les étudiants et l'ANEB pensent que la direction peut intervenir pour faire changer les choses. Mais comme c'est une instance statutaire chargée des questions pédagogiques qui a tranché, une autorité administrative ne peut pas remettre en cause cette décision. J'ai expliqué aussi aux étudiants le danger qu'il y a pour tout le monde lorsqu'une autorité administrative intervient dans une décision prise par une instance statutaire. Mais si on met la pression sur moi pour que je dise au chef de département d'annuler le zéro, c'est qu'on me donne le pouvoir de lui dire aussi de donner zéro à quelqu'un. Et je ne suis pas sûr que ce soit les étudiants qui sortiront vainqueurs en ce moment.

Propos recueillis par Fidwendé SAWADOGO

ZoodoMail

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