Veillées de prières, messages sur les réseaux sociaux avec des photos de familles entières décimées, «deuil national» au Burkina, drapeaux en berne en France... le crash du vol AH5017 d’Air Algérie continue de susciter émoi, consternation et compassion. Cette catastrophe, qui touche notamment beaucoup de Français (54) et de Burkinabè (36) et fait pleurer trois continents, est attribuée de prime abord à la météo, très mauvaise la nuit du crash. Au point où, a-t-on appris lundi dernier de la bouche du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, les pilotes avaient demandé un changement de cap avant de demander à «rebrousser chemin». Hélas, ils n’en auront pas eu le temps!
Si la piste des mauvaises conditions météorologiques semble être privilégiée dans ce drame, les experts du Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA), qui ont reçu les deux boîtes noires de l’appareil déchiqueté lundi dernier, n’écarteront aucune piste. «Toutes les hypothèses seront examinées dans le cadre de l’enquête», a notamment indiqué Laurent Fabius. Une enquête longue et difficile puisque, précise-t-on, «les paramètres du vol AH5017 d’Air Algérie (vitesse, altitude, trajectoire, etc.) ont été extraits de la boîte noire, mais l’enregistreur phonique a été endommagé par les conditions d’impact». Selon Rémi Jouty, chef du BEA, les investigations pourraient donc durer «plusieurs semaines, voire plusieurs mois».
Ce crash du vol AH5017 d’Air Algérie survient à la suite d’une série meurtrière qui classe déjà 2014 comme une «année noire pour le transport aérien avec plus de 730 décès contre 210 en 2013». En une semaine, on a enregistré, en effet, tour à tour, la destruction en vol du Boeing de Malaysian Airlines au-dessus de l’Ukraine, le crash d’un ATR 72-500 de TransAsia Airways à Taïwan et le crash du MD 83 de Swiftair, opéré pour le compte d’Air Algérie, au-dessus du Mali. Il faut également compter la disparition, le 8 mars dernier, d’un autre Boeing de Malaysian Airlines qui devait rallier Pékin avec ses 239 passagers, quelques heures seulement après son décollage de Kuala Lumpur. Un appareil introuvable jusqu’alors. Et puis, il y a tous ces crashs intervenus au Népal, Kenya, Niger, Zambie et Soudan ces derniers mois.
Un décompte macabre qui fait état de plus de 730 personnes qui ont déjà péri en prenant l’avion cette année! Pour mémoire, le dernier pic remonte à 2012 avec 414 décès liés à un accident d’avion. Pour autant, l’avion reste le moyen de transport le plus sûr au monde. Selon les statistiques, alors qu’on a enregistré 210 décès «aéronautiques» en 2013, la route, elle, a tué... 3 268 personnes la même année, rien qu’en France! Aussi, selon Gérard Feldzer, consultant en aéronautique et ancien pilote de ligne, ne saurait-on pas parler de série noire. «Il n’y a pas de série noire. En période estivale, les conditions météorologiques sont extrêmes et le nombre de vols est en augmentation, c’est pourquoi les risques augmentent également», a-t-il affirmé dans une interview au quotidien français “Libération”.
En attendant, inconsolables, des proches des familles des disparus ont fait le déplacement de Gossi où s’est offert à eux un spectacle de désolation, un vaste champ de débris de l’AH5017 d’où il sera difficile d’extirper les corps de leurs êtres chers. «Je ne pense pas qu’on puisse reconstituer les corps (...), ils ont été éparpillés, dispersés. Je ne suis pas sûr qu’on puisse (en) retrouver certains», a prévenu, samedi dernier, le général Gilbert Diendiéré, chef d’état-major particulier du président du Faso.