Transition post-Compaoré : Qui pour faire quoi ?

| 07.11.2014
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Transition post-Compaoré : Qui pour faire quoi ?
© DR / Autre Presse
Transition post-Compaoré : Qui pour faire quoi ?
Comme on s'en doutait aisément, l'après-Compaoré au Burkina ne sera pas une partie de plaisir. Et c'est bien le cas actuellement, avec une transition dont les contours se dessinent assez difficilement. Mais les acteurs en présence, qu'ils appartiennent aux partis politiques, à l'a société civile ou à l'Armée nationale, ont-ils seulement le choix que de s'entendre assez rapidement sur la manière de tourner définitivement la page de 27 ans de gestion solitaire et parfois heurtée du pouvoir d'Etat? Sans aucun doute non.


Petit rappel historique. Samedi 27 septembre 2014. Salle des banquets de Ouaga 2000. Réunis autour de leurs encadreurs pédagogiques, des étudiants en Master délocalisé de l'Université Jean-Moulin de Lyon ont célébré, en collaboration avec l'Université de Ouagadougou en Management international, option affaires internationales, leur sortie officielle de promotion. Parmi eux, un certain Isaac Yacouba Zida, Officier de l'Armée burkinabè de son état. Ironie de l'histoire, le parrain de ladite sortie de promotion a pour nom Eddie Komboïgo. Ce dernier, dans un discours autocentré comme il en a seul le secret, demande à ses chers filleuls de travailler à lui ressembler, s'ils y tiennent effectivement, tel qu'ils affirment en avoir le secret désir.

Presqu'un mois plus tard, changement de rôle. Le parrain a pris la clé des champs tandis que l'étudiant filleul, lui, a pris la tête d'une transition politique à la suite d'une insurrection populaire qui a contraint Blaise Compaoré à démissionner de son poste de Chef de l'Etat. Dans les jours qui suivent, le pays des Hommes intègres vit au rythme de tractations entre les différents protagonistes de la scène politique.
Certes, le Lieutenant-colonel Issac Yacouba Zida, ex-numéro 2 de la Garde présidentielle, a brûlé la politesse et fini par damer le pion à d'autres concurrents plus galonnés que lui. Comme par exemple les Généraux Nabéré et Lougué, qui souhaitaient, eux aussi, diriger la transition. Cependant, il lui est rapidement difficile, voire impossible, d'ignorer les appels au retour des civils au pouvoir.
Certes, on pourra critiquer la passivité de "la communauté internationale" ainsi que celle des organisations sous-régionales et continentales qui, il est vrai, n'ont guère brillé par un quelconque activisme lorsque le régime Compaoré s'échinait de toutes ses forces, et malgré les conseils et les appels à la retenue, à vouloir dynamiter le verrou de la limitation des mandats présidentiels.
Toutefois, il est évident qu'à l'heure actuelle, et dans le contexte des rapports de force qui se dessinent sur la scène mondiale, le Burkina risque de ne pas peser lourd dans la balance d'éventuelles sanctions internationales. Par conséquent, il est dans l'intérêt des uns et des autres de savoir raison garder pour préserver l'essentiel.
L'Armée burkinabè n'a pas d'autre choix. En dépit de sa profession de réitérer, elle devra se plier, et donc rendre le pouvoir, à une autorité civile plus ou moins consensuelle. Pour ensuite retourner à ses missions régaliennes liées notamment à la préservation de l'intégrité du territoire national ainsi qu'à la sécurité des personnes et des biens. Le délai de rigueur de quinze jours qui lui a été intimé court depuis quelque temps déjà et devrait, sans doute, contribuer à changer la donne dans la gestion de la transition.

De la saisine du Conseil constitutionnel à la constatation de la vacance officielle du pouvoir à la présidence du Faso tout comme au Parlement dissout, on devrait logiquement aboutir à la mise en place d'une structure provisoire dont le mandat et la feuille de route montreront le chemin à suivre pour retrouver la normalité démocratique.
Dès lors, il ne restera plus qu'aux forces vives -comme on les appelle- à s'assumer au nom de l'intérêt général, en évitant de donner en spectacle au monde entier leurs querelles byzantines.
Car aussi curieux que cela puisse paraître, c'est justement le fait pour le président Compaoré de se croire indispensable au point de chercher à se maintenir au pouvoir après près de 30 ans qui a contribué à susciter les événements qui l'ont obligé à prendre la poudre d'escampette. Il aurait été tout aussi curieux, alors que parmi près de 17 millions d'hommes et de femmes courageux et valeureux, parfois au pedigree reluisant que compte le Burkina, l'on ne parvienne pas à trouver une personne capable de diriger une transition.
Du reste, il ne faut pas oublier que le plus difficile ne sera pas la transition en elle-même mais plutôt la suite des événements. Et pour cause, à l'heure actuelle, toute la machine administrative est désarticulée. L'économie est dans une situation peu enviable. Le chômage et la pauvreté sont en hausse, notamment au sein des couches les plus vulnérables de la population. Le système éducatif est totalement déglingué, tandis qu'au niveau social les ressentiments sont très présents chez une bonne partie de la population, qui attend impatiemment de voir comment justice leur sera rendue. Bref, le plus dur reste à venir...

A. Traoré

Journal du Jeudi N°1207 du 6 au 12 novembre 2014

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