Situation politique nationale : Des manifestions non violentes au dialogue ?

| 06.09.2014
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Situation politique nationale : Des manifestions non violentes au dialogue ?
© DR / Autre Presse
Situation politique nationale : Des manifestions non violentes au dialogue ?
Finie la ronde des stades et les meetings et autres marches dans les rues  ? Vive le tour des palais et autres lieux de résidences des autorités coutumières et religieuses.


C'est la question que l'on se pose, le constat que l'on fait sur l'attitude des principaux animateurs de la vie politique nationale. En effet, après moult démonstrations de leurs capacités de mobilisation, démonstrations les unes plus réussies que les autres, l'opposition comme la majorité présidentielle, s'est lancée dans une opération de marketing auprès de leaders d'opinions, chacun pour vendre ses convictions pour ou contre un référendum en vue d'une modification éventuelle de l'article 37 de la Constitution. C'est comme si chaque camp, en panne d'idées pour faire mousser son combat, s'était mis à copier l'adversaire d'en face.

Si dans les marches et autres meetings, c'est la majorité présidentielle, le Front républicain, si vous préférez, qui a joué à donner la réplique à l'opposition, histoire de dire que cette dernière n'a pas le monopole de la rue, dans la ronde des palais et résidences des autorités coutumières et religieuses, c'est le chef de file de l'opposition qui a copié ses contempteurs comme pour dire qu'ils n'ont pas le monopole du dialogue après leur appel de Gaoua.

Pendant combien de temps va durer encore cette course poursuite faite de plagiat d'idées et d'initiatives, qui prouve en définitive que pouvoir et opposition chassent sur les mêmes terres et qu'à cette étape d'exposer des motifs pour ou contre la modification de l'article 37 de la constitution, il n'y a ni vainqueur ni vaincu.

C'est la démocratie qui gagne en maturité dans un pays qui n'était pas habitué à ce que des citoyens expriment si fortement leur différence d'opinions sans qu'il n' y ait des casses de biens publics ou privés ni embastillement de manifestants.

L'histoire récente du pays nous rappelle qu'en 1991, les manifestations pour ou contre la convocation d'une conférence nationale souveraine avaient entraîné de multiples destructions de biens publics et privés. Idem entre 1999 et 2001 dans les manifestations consécutives à l'assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses quatre compagnons.

Que dire alors des émeutes contre la vie chère de 2008  ! Pire encore furent les mutineries militaires de 2011 lors desquelles outre les destructions des biens publics et privés, il y a eu pillages, viols et mort d'hommes. D'aussi graves dérives ne pouvaient pas servir la cause des mutins tout comme les casses et autres incendies n'avaient pas servi la lutte du collectif contre l'impunité en 1999 – 2001.

Tant mieux donc si le chef de file de l'opposition a tiré leçons de ce radicalisme contre productif du passé pour inscrire les manifestations qu'il organise dans une démarche pacifique.

C'est tout bénéfice pour la République même si nos chers opposants doivent encore gravir des échelons de la tolérance politique pour rendre encore plus soft leur combat. De la non violence dans leur combat, ils doivent avoir le courage d'un compromis dynamique avec la majorité dans un dialogue des braves. C'est là un vœu, pour ne pas rester pieux doit franchir bien d'obstacles.

De fait, il y a encore beaucoup de germes de haines dans le discours politique de certains thuriféraires de l'opposition. Ainsi, la revendication de l'alternance s'apparente chez certains à une lutte à mort, voire d'extermination de l'adversaire politique.

Ces graines de haine viscérale sont quotidiennement essaimées sur la toile notamment sur les réseaux sociaux où la majorité actuelle au pouvoir est présentée comme un «  clan de prédateurs, d'assassins, pourri jusqu'à la gangrène à amputer du Faso ».

L'alternance est alors attendue comme le moment de délivrance où «  les forces du bien balayeront du pouvoir », voire du territoire national, « les forces du mal qui polluent le Faso  ».

Dans ce radicalisme haineux de type manichéen, il faut y lire des survivances de la pensée unique révolutionnaire et de gauche marxisant dont le B. A. BA enseigne que l'adversaire politique est un ennemi qu'il faut non seulement réduire au silence mais exterminer au nom de la lutte de classes. Dans une telle vision de la lutte politique, tout compromis avec l'adversaire est une compromission anti-progrès d'où une exclusion répressive de toute opposition.

Les constituants de la IVe République, mesurant la dangerosité d'une conception si manichéenne de la différence d'opinion politique, ont inscrit dans la Constitution en son article 168 que le peuple burkinabè proscrit «  toute oppression d'une fraction du peuple par une autre » non sans avoir affirmé à l'article 8 que « toute personne a le droit d'exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre des lois et règlements en vigueur. »

On sait que Zéphirin Diabré, l'actuel chef de file de l'opposition, qui se proclame social-libéral n'a pas de sympathie connue pour le marxisme-léninisme.

Mais l'homme est entouré d'anciens révolutionnaires purs et durs notamment des Sankaristes et des leaders du MPP qui malgré leur verni de démocrates, cachent mal leurs velléités de revanche «  de classe  » sur les tenants de la IVe République.

Aussi mal entouré, le chef de file de l'opposition aura-t-il toujours la poigne nécessaire pour garder les manifestations de l'opposition dans la non violence  ? Aura-t-il le courage d'un compromis avec le Front républicain si un dialogue venait à s'ouvrir sur les questions actuellement querellées  ? On attend de voir.

L'hebdo du Burkina

Source : L'Hebdomadaire du Burkina N°797 du 05 au 11 Septembre 2014

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