Si la transition politique conduite par Michel Kafando et son Premier ministre, le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, se déroule comme prévu, le Burkina Faso va connaître d'ici quelques mois la première véritable alternance politique de son histoire. Une perspective qui enchante les Burkinabè dans leur ensemble. Oui, mais également le reste de la communauté africaine et mondiale qui a fini par faire de ce cher Faso un petit laboratoire démocratique en plein Sahel.
On aura alors définitivement refermé la page des 27 années de «compaorose» au Faso. C'était d'ailleurs le souhait publiquement exprimé par l'inventeur de ce néologisme, un certain Ouali Diapagari Luther.
Et comme dans une finale d'une compétition, les candidats se préparent activement. Même si bon nombre de prétendants au trône sont conscients qu'il n'y aura de la place que pour un seul au soir de la présidentielle de novembre 2015. Elle est du reste bien connue, cette formule restée célèbre dans les annales politiques, selon laquelle «le fauteuil présidentiel n'est pas un banc».
Entre ceux qui aimeraient bien tenter leur chance comme candidats ne serait-ce que pour le ''CV'', et disons le tout net, sans doute aussi pour les feuilles craquantes de campagne, il y a les poids lourds, ceux qui sentent la chose en se rasant tous les matins. Pour eux l'essentiel ne sera pas seulement de participer mais bien de gagner. Et pour cause, ce qui va se jouer dans le secret de l'isoloir, c'est tout simplement l'engagement d'une vie.
Parmi ces partis fortement intéressés par l'affaire, il y a le Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP. Né il y a moins d'une année avec pour seule ligne directrice l'opposition à une nouvelle candidature de Blaise Compaoré en 2015, ses leaders ont en commun d'avoir géré pendant longtemps le pouvoir d'Etat, avant de prendre leurs distances d'avec le système.
Véritables professionnels de la politique, ses fondateurs que sont Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré, mais aussi et surtout le redoutable Salif Diallo, ambitionnent ni plus ni moins que de reprendre la gestion des affaires dans le pays.
Accusés à tort ou à raison par une partie de l'opinion d'avoir noyauté à dessein la transition actuelle dans le seul but de s'assurer la victoire finale en novembre 2015, ils ont investi le Burkina profond et tissent soigneusement leur toile.
De bonnes sources, on évoque d'ailleurs de nombreux ralliements à leur profit de ce qui reste encore du CDP. En effet, face à la débandade et à la désorganisation qui a gagné leurs rangs, des anciens dignitaires négocient discrètement leur recyclage. Quitte pour cela à accepter leur propre reformatage idéologique avant, dit-on, d'être envoyés au front.
Du côté de l'Union pour le progrès et le changement, l'UPC, on tente de se remettre en ordre de bataille. A ce niveau, le mot d'ordre semble être au rattrapage du temps perdu. Du reste, dans l'entourage de Zéphirin Diabré, on confesse que la charge de chef de file de l'opposition a certes été conduite avec succès. Cependant, cela a pu influer plus ou moins négativement sur la stratégie de conquête du pouvoir par le parti du lion. Et ce face à d'autres forces politiques aux ambitions toutes aussi acérées.
Ainsi fait-on savoir, dans les coulisses, que l'option de mettre fin au mandat de l'actuel CFOP, au-delà des arguments juridiques, serait également motivée par un besoin de recentrage dans la perspective des futures échéances électorales. Pour ce faire, l'UPC pourra compter sur la dynamique d'unité qui a été enclenchée et maintenue entre les partis membres et sous son leadership.
Du reste, certains partis de l'ancienne opposition semblent vouloir se projeter dans une logique de probable alliance avec la formation politique de leur ancien chef. Ce qui pourrait changer la donne et élargir le champ d'action.
En outre, le parti peut également mettre en avant son personnel politique ''neuf''. Mais attention! cela ne constitue pas forcément un avantage si cela doit aller de pair avec l'inexpérience dans la gestion des affaires publiques de l'Etat.
D'une manière plus globale, on peut dire que la présidentielle de 2015 va se jouer sur l'inclusion du plus grand nombre. En particulier si les Burkinabè, d'ordinaire si réservés lorsqu'il s'agit d'aller voter, se mobilisent fortement aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, en s'inscrivant sur les listes électorales. Celles-ci seront très vraisemblablement rouvertes pour l'occasion. Il faudrait alors s'attendre à un record de participation qui pourrait profiter à l'une ou à l'autre chapelle politique.
A. Traoré