Pré-transition réussie : Quelle récompense suprême pour l'armée?

| 21.11.2014
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Pré-transition réussie : Quelle récompense suprême pour l'armée?
© DR / Autre Presse
Pré-transition réussie : Quelle récompense suprême pour l'armée?
Ceux qui doutaient de la sincérité du lieutenant-colonel et de ses camarades à «transmettre le pouvoir aux civils» comme prévu ont eu l'agréable surprise de voir les militaires respecter leur engagement. Même si c'est finalement le «candidat de l'armée», l'archange Michel Kafando, qui a été choisi comme président de la transition, il reste que les codos ont globalement fait un bon boulot. C'est tout à leur honneur. Logiquement, ils méritent une récompense à la hauteur du service rendu à la nation. Mais laquelle?


Telle est désormais l'équation qui reste à solder pour résoudre ce qui demeure «le problème de l'armée» dans la vie politique nationale burkinabè. Comme on ne cesse de le répéter depuis le jour où la rue a contraint le Blaiso national à la démission, «la place des militaires, c'est dans les casernes» et non à la présidence, à l'Assemblée nationale ou dans les ministères. Mais la Haute-Volta devenue Burkina Faso a eu cette fâcheuse expérience d'inviter «le pouvoir kaki» à la soupe. Et depuis 1966, il n'est plus jamais reparti à ses bases.
Grâce à une complicité tacite entre les hommes politiques et la haute hiérarchie militaire, la «confiscation du pouvoir» est apparue comme le sport favori des forces de défense et de sécurité du Faso. Et ceci au point qu'il était devenu difficile d'imaginer un gouvernement sans eux. Ils sont omniprésents dans la sphère politique depuis presqu'une soixantaine d'années maintenant. La palme de longévité est revenue au régime déchu de l'enfant terrible de Ziniaré, qui a réussi la prouesse de caresser suffisamment sa fratrie d'origine dans le sens du poil.
Pire, il a mis en place un système politico-militaire digne d'une véritable toile d'araignée dont il est aujourd'hui difficile de sortir le pouvoir pour le remettre entièrement aux civils comme l'exigent avec insistance les partis politiques, les organisations de la société civile et la communauté internationale.
Il a donc fallu une vigoureuse levée de boucliers de tous ces acteurs pour faire entendre raison à la junte militaire qui vient de gérer la période pré-transitionnelle sous la houlette du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida. Contre toute attente de certains de ses frères d'armes et grâce aux pressions multiples et multiformes de la communauté nationale et internationale, il a renoncé à confisquer le pouvoir. Et son courage à la fois patriotique et républicain mérite d'être salué par tous les démocrates. C'est un acte citoyen inédit sur un continent africain où le pouvoir d'Etat est devenu une sorte de bordel où chacun se donne le droit d'aller assouvir sa libido.

Il n'est pas laudatif de dire que le geste historique du lieutenant-colonel Zida refonde une nouvelle image de l'armée en Afrique en général et au Burkina Faso en particulier. Il rompt ainsi avec les aventures pathétiques du général malien Amadou Toumani Touré -qui a mal négocié son retour au pouvoir-, du général ivoirien Robert Guéï qui s'est fait balayer proprement avec ses turpitudes, ou plus récemment des dérives ubuesques des capitaines Moussa Dadis Camara en Guinée et Amadou Haya Sanogo au Mali. On ne cessera de reconnaître l'élégance de l'officier burkinabè qui montre ainsi que l'armée peut faire le ménage tout en refusant de s'installer.
Mais l'arbre des éloges ne doit pas cacher la forêt de la réalité politique burkinabè telle qu'elle va se donner à voir tout au long de la présente transition politique. En effet, les militaires ont accepté de transmettre le pouvoir aux civils comme cela était convenu, ils ne sont pas vraiment partis. Ils sont là et continuent d'agir comme les vrais maîtres du jeu politique national. Il reste donc encore du chemin pour arriver à la civilité parfaite du pouvoir au Faso.
Non pas nécessairement que le «pouvoir kaki», qui demeure dans le pouvoir en ce moment, soit nécessairement de mauvaise foi, mais parce qu'il pense (ou estime, c'est selon) que sans lui, ce sera le chaos. C'est justement là où le bât blesse. Il faut travailler à non seulement rassurer les militaires, mais aussi et surtout à leur prouver que les civils peuvent correctement gérer les affaires publiques sans grand risque de déliquescence. En clair, il faut faire en sorte de ne pas leur donner l'occasion de continuer de faire irruption sur la scène politique. Pour que l'armée reste dans les casernes, elle doit se convaincre que c'est là que se trouve sa place, que c'est là que les militaires rendent le meilleur service à la nation, notamment par la défense de l'intégrité territoriale, la sécurité des personnes et des biens.
Dans le cas spécifique de la situation politique actuelle du Faso, la récompense suprême de l'armée sera de travailler à l'émergence, à l'horizon 2015, d'une classe politique consciencieuse, porteuse de projets de société véritable, des hommes et des femmes capables de hauteur
d'esprit et suffisamment engagés pour l'édification de leur nation dans la paix, la discipline et la tolérance. Il faut rompre avec cette politique politicienne qui a consisté, ces dernières années, en de la manipulation, aux crocs-en-jambes et aux retournements de veste.
C'est à cette condition que l'exigence de transmission du pouvoir aux civils peut avoir véritablement son sens au Faso. Et que les militaires qui seraient tentés de s'accrocher au pouvoir n'auront plus d'arguments solides pour le faire. Cela ressemble à un travail de longue haleine. Mais il faut le commencer ici et maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.

F. Quophy

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