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Situation nationale : Blaise Compaoré, un Capitaine abandonné

| 20.06.2014
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Situation nationale : Blaise Compaoré, un Capitaine abandonné
© DR / Autre Presse
Situation nationale : Blaise Compaoré, un Capitaine abandonné
Depuis qu'il a fait le choix délibéré de s'accrocher au navire-Burkina qu'il a gouverné d'une main de maître pendant plus d'un quart de siècle, le Capitaine Compaoré se retrouve aujourd'hui face à un véritable dilemme: le pouvoir à vie ou la survie du processus démocratique de son pays. Dans un contexte sociopolitique national où le climat se dégrade chaque jour un peu plus, a-t-il véritablement les hommes et les moyens pour gérer la situation jusqu'au bout?
Difficile de ne pas se poser cette question décisive. Surtout depuis la mort suspecte du juge constitutionnel Salifou Nébié. A l'allure où cet énième dossier pendant est traité, on se demande si ce n'est pas la dernière goutte qui risque de faire déborder un vase qui était déjà trop plein. En tout cas, les esprits qui s'échauffaient par manifestations politiques interposées commencent désormais à déborder comme on a pu le voir le week-end dernier à Bobo-Dorosso. Dans cette ville devenue Saliadougou, le tout-puissant sachem du parti présidentiel n'a pas manqué l'occasion d'empêcher l'opposition politique de remplir le stade Lamizana «recto-verso, en bas et en haut».

 

Pendant que Zèph EnDiabré et ses camarades tentaient de mobiliser, Salia a réussi «l'exploit» d'une contre-manifestation qui n'a pas manqué de dégénérer. Et cela au grand dam de tous ceux qui appellent à la «sagesse et à la raison». Ce qui s'est passé à Bobo achève de convaincre qu'il suffit d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Et le Blaiso national, qui a désespérément choisi son camp, c'est-à-dire celui de ceux qui veulent aller au référendum en vue de maintenir le statu quo, ne rend visiblement pas service à ceux qui prêchent l'apaisement. Car, lorsque le chef de l'Etat est lui-même partie à la bagarre qui risque d'embraser le pays, force est de reconnaître qu'il est difficile de jouer les médiateurs dans ce genre de conflit.

Une fois encore, on se demande si le Capitaine a les moyens de passer le virage dangereux sans trop de dégâts. En la matière, la manœuvre paraît une des plus délicates à laquelle il est confronté. Car, si son statut de président (sortant) lui confère toujours le droit de se considérer comme le seul maître à bord du navire, il ne peut tout de même pas se permettre le risque de tout faire couler. Pour rester dans la comparaison avec l'armée des mers, il faut reconnaître qu'en vertu de l'article 84 du code disciplinaire et pénal de la marine marchande française (puisque «nous sommes aussi Gaulois»), le Capitaine doit être le dernier à abandonner le navire en cas de naufrage.

Une disposition légale et morale qui met en valeur le rôle ô combien important de coordinateur décisionnaire en dernier ressort de la fonction de capitaine d'un bateau. Sauf que dans le cas du Faso, c'est plutôt le maintien dans le bateau du Blaiso qui pose problème et risque de faire couler le navire. C'est bien parce que l'enfant terrible de Ziniaré ne veut pas voir son rêve de président s'achever en 2015 que le navire se rapproche dangereusement de la tempête. Certes, le Capitaine n'est pas seul, mais le nombre et le poids d'amis et de collaborateurs qui l'ont abandonné en disent long sur la pertinence de l'option fatale qu'il a faite.

Même si le bureau exécutif national du parti présidentiel tente de minimiser le passage à l'opposition d'anciens barons tels que Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré, il reste que sa marge de manœuvre pour la modification de l'article 37 de la Constitution est plus que réduite. Il ne lui est plus aussi facile de maintenir le Blaiso national au pouvoir comme cela s'est fait jusque-là. Il y a plus de vents contraires qu'il n'en a eu en 1997, lors du premier déverrouillage du dispositif de limitation des mandats présidentiels, ou encore en 2005, lorsqu'il a été question d'appliquer la clause de non-rétroactivité de ce dispositif au président candidat à sa propre succession.

Le départ de redoutables artificiers du régime Compaoré que formait le trio Roch-Simon-Salif devrait constituer une alerte qui ne trompe pas sur l'issue des manœuvres actuelles du Capitaine. Mais ses collaborateurs du moment semblent avoir choisi la logique de «advienne que pourra». Malgré la défaite enregistrée par le médecin-commandant Bobognessan Yé pour la mise en place du Sénat, celle de son collègue et ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo (JBO) pour faire passer la «Pilule de la transition apaisée» (PTA), d'autres continuent de tenter le tout pour le tout. Mais à quel prix?

Sur le front de la campagne intérieure pour le référendum, Lucky Luc se débat comme un beau diable dans un bénitier pour mobiliser toute l'énergie de son gouverne-et-ment vers la fabrication de l'image du «président indispensable». C'est de bonne guerre, puisqu'il ressort le discret précieux appui du tout nouveau général Ange Djibril qui n'hésite pas à embarquer, à la fois, ses oncles paternels de la province du Sanguié, et maternels de la province de la Kossi pour soutenir le Capitaine, vaille que vaille. Malgré la conjoncture nationale et internationale, le sinistre beau-frère Bembamba a réussi à racler les fonds du budget de l'Etat pour séduire le bétail électoral, notamment sa gent féminine, connue pour être la plus abondante.

La Justice étant considérée comme le ventre mou du gouvernail Compaoré, le "Dramatique" Yaméogo, sinistre des «Dossiers pendants», ne chôme pas non plus. Il a prouvé sa grande maîtrise de la situation en faisant débarquer par on ne sait quelle gymnastique un médecin légiste gaulois qui, au lieu de transmettre les résultats de l'autopsie qu'on lui a demandé à la Justice, a préféré les balancer sur le site de "Jeune-à-fric". C'est ce qui arrive lorsque le sinistre de la Com. estime qu'il n'y a ni journalistes ni médecins légistes compétents et professionnels au Faso.

Avec ça, on ne peut pas dire que le Blaiso national est seul. Il est simplement abandonné au triste sort d'un Capitaine qui doit choisir entre sauver son navire de la tempête et rentrer dans l'Histoire par la grande porte ou le laisser couler et sortir par la fenêtre.

F. Quophy

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