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René Emile Kaboré : Le «passionné» va-t-il retourner à ses premières amours ?

| 13.05.2014
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René Emile Kaboré : Le «passionné» va-t-il retourner à ses premières amours ?
© DR / Autre Presse
René Emile Kaboré : Le «passionné» va-t-il retourner à ses premières amours ?
Emile, c'est... Emile. Pour tous ceux qui l'ont toujours connu, l'homme est d'une ambition (dans le sens noble du terme) dévorante, un brin narcissique, un rien insaisissable. Derrière sa dégaine d'homme affable se cacherait un trublion, capable, pour un oui ou un non, de quitter la table avec fracas. Come-back sur un parcours politique riche en retournement.

Après un aller-retour entre le RDA et le Front de refus/RDA dans les années 70, René Emile Kaboré fut à la base de la création, en 1991, du Parti de l'action pour le libéralisme solidaire (PACT/LS), phagocyté quelques années plus tard par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Une fusion assortie d'un portefeuille ministériel (Sports) généreusement glissé dans la corbeille de mariage et dont héritera le nouveau compagnon.

Mais il ira de cette union de raison comme de tous les mariages de raison : la rupture.

En effet, avec d'autres camarades, REK, comme on l'appelle, quitte le parti au pouvoir faute de pouvoir le refonder de l'intérieur. Les dissidents se retrouvent alors au sein d'une nouvelle formation politique, la Convention nationale pour le progrès du Burkina (CNPB), parti d'opposition. Après quelques années d'aventure politique insipide, Emile et ses co-refondateurs rejoignent le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), porté par les tout nouveaux démissionnaires du parti au pouvoir. Cette jonction entre primo et néo dissidents du CDP tournera, une fois de plus, en désamour pour Emile Kaboré.

En effet, pour n'avoir pas obtenu de poste au sein du bureau politique national du parti des RSS, le prince de Kokologho, qui ne s'est pas engagé dans le nouveau navire pour être relégué au rang de soutier, prend le large vers d'autres horizons. Puisqu'on refuse de l'admettre au sein de l'équipage, alors il se créera son propre vaisseau. C'est désormais chose faite depuis le dimanche 11 mai 2014 avec la naissance du Rassemblement pour un sursaut républicain (RSR).

Qu'on se le dise ! En portant son bébé sur les fonts baptismaux, REK est dans son bon droit. Un droit que garantit la constitution, laquelle stipule que les partis politiques se créent librement. Si donc dans son principe, la formation de cette structure ne souffre d'aucune contestation, son opportunité, sa raison d'être et son agenda (que son président a refusé de communiquer comme il l'a fait de sa position sur l'échiquier politique) restent cependant sujet à caution.

«Rassemblement pour un sursaut républicain», l'a-t-on dénommé, dont l'ambition, selon son géniteur, est d'inscrire la notion de charité chrétienne dans le catéchisme du libéralisme. Mais en fait de «sursaut républicain», vu ce qui précède, tout laisse penser que l'acte de création du RSR procède d'un sursaut personnel de la part d'un homme au desseins politiques contrariés.

On observera qu'entre la date de son départ du MPP, le 22 avril, et celle du lancement du RSR, le 11 mai, il ne s'est écoulé que 19 petits jours. Là aussi, tout laisse croire que la chose a été planifiée bien avant cette démission à la hussarde.

Une attitude symptomatique de ce péché d'orgueil qui encroûte la classe politique burkinabè, dans laquelle chacun préfère être une tête de rat qu'une queue de lion.

Maintenant que l'affaire est pliée, de quel poids pèsera le RSR ? Déjà qu'au temps de la CNPB avec quelques ténors comme Pierre Tapsoba et Moussa Boly, le trio de «refondateurs» ramaient, tels des galériens, pour sortir de leur condition de has been, quel avenir politique pour REK dans ce parti dont le bureau est constitué d'illustres inconnus ?

Avec le recul et cet aller-retour express au MPP, certains en viennent à se demander si René Emile Kaboré n'était pas en fait l'œil de Moscou du CDP. C'est-à-dire la Cinquième colonne de l'hôte de Kosyam en terre ennemie.

Beaucoup n'oublient pas en effet que le démissionnaire récidiviste avait, à la stupeur générale, déclaré être «passionné de... Blaise Compaoré». Quand on en vient à avouer publiquement son ardeur pour une personne, c'est que l'affaire est sérieuse. Celui qui avait déclaré sa flamme pour le «beau Blaise» va-t-il retourner à ses premières amours ?

A l'heure où le mercato politique bat son plein, on est bien curieux de savoir quel rivage le nouveau bateau battant pavillon RSR va accoster.

Les vielles amours, on le sait, ne s'éteignent jamais complètement.

Alain Saint Robespierre

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