On ne voit pas, en effet, le président du Faso dire non à cette consultation du peuple, après avoir été interpellé par son parti, le CDP, lors de son dernier conseil national tenu en avril dernier, puis plus récemment, par les députés de la majorité.
Il y a fort à parier que Blaise Compaoré prêtera une oreille attentive aux appels répétés de ses partisans et tant pis pour ceux qui y verront un déni d'alternance, voire de démocratie. On pense notamment à l'opposition qui a multiplié ces derniers temps les manifestations contre ce projet. C'était sans compter avec la détermination du camp d'en face qui, comme on le sait, n'est pas resté les bras croisés.
En effet, après avoir montré que l'opposition n'avait pas le monopole de la rue, le camp présidentiel est passé à une vitesse supérieure : l'appel des quasi-deux tiers des députés (81) en faveur du référendum. Sur ce terrain, l'opposition est battue.
Un contre-appel ne ferait pas le poids au nombre des députés signataires et une pétition populaire n'a aucune chance de passer le cap du parlement où, il faut le rappeler, elle n'a pas la majorité. Organiser d'autres marches – meetings serait improductif car elle n'est pas sûr de faire mieux qu'elle n'ait déjà fait en la matière et surtout on ne voit pas comment cela pourrait faire fléchir le CDP et ses alliés.
Ces derniers, dans le processus de convocation du référendum, ont montré qu'ils avançaient méthodiquement, lentement mais surement. C'est comme si malgré l'objectif du référendum clairement affiché, ils avaient un agenda caché qu'ils prennent un malin plaisir à laisser entrevoir sans jamais le dévoiler totalement, avançant avec prudence vers l'objectif final. On est donc en droit de se demander, après l'appel des députés de la majorité, quelle est la suite du programme ?
Ça pourrait être l'organisation d'une table-ronde des partis politiques, histoire de donner suite à l'appel de Gaoua en faveur du dialogue, avant que le président du Faso ne fixe la date du référendum. Mais l'opposition acceptera-t-elle cette table-ronde s'il n'est pas question de négocier la non-tenue du référendum et le départ de Blaise Compaoré ?
Difficile de répondre par l'affirmative. Pourtant ce serait la voie idéale pour qu'elle ne perde pas la face devant l'évidence du référendum qui se profil à l'horizon mais aussi pour que l'appel de Gaoua ne reste pas sans suite et que la majorité évite un boycott du scrutin référendaire. Boycott du scrutin référendaire !
Le mot est lâché avec tout son pesant d'incertitudes pour la paix sociale. Elle ne le dit pas, mais malgré ses proclamations de foi de rester dans la légalité républicaine dans sa lutte contre le référendum, l'opposition ne cracherait pas sur des troubles perturbateurs du scrutin référendaire. Il faut le savoir et s'y préparer tout en croisant les doigts pour un miracle.
Le miracle, serait que l'opposition prenne confiance en elle-même, décide courageusement d'aller au référendum pour faire triompher le non. Mais voilà, malgré les fanfaronnades entendues lors de ses marches - meetings, au cours desquelles elle a prétendu avoir mobilisé plus que la majorité, elle continue de douter de ses capacités électorales. Il est vrai que les foules dans les meetings ne sont pas synonyme de bulletins de vote dans les urnes. Le seul moyen de le savoir c'est de participer au scrutin.
A la vérité, à un an de l'élection présidentielle, l'opposition comme la majorité tiendrait chacune, dans la tenue du référendum, une occasion de jauger sa force électorale. Elle est de loin plus crédible et plus démocratique que la guerre des stades ou de foules dans les rues.
Ce référendum où pouvoir et opposition parcoureraient le Burkina des campagnes et des villes pour appeler à voter « oui » ou « non » serait un grand plus pour la démocratie burkinabè.
Il donnerait la preuve que les politiques font confiance au peuple dont ils se réclament tous et qu'en dernier ressort, il est le vrai et l'unique souverain. Mais ce « bonus magnum » au processus démocratique pourrait ne pas venir, l'opposition préférant la fuite en avant dans le rejet de la consultation du peuple des électeurs.
Dès lors, on est en droit de douter de ses professions de foi de démocrate-républicain car on ne peut pas se dire démocrate et républicain et refuser la consultation du peuple par voie référendaire dans les conditions prévues par la loi.
Mais ainsi va la politique sous nos tropiques. On est démocrate ou démocrate à moitié selon nos intérêts électoraux et partisans du moment. Tant que faire se peut, si par une quelconque attitude de désinvolture on peut porter ombrage aux initiatives de l'adversaire d'en face, furent-elles, dans la règle de droit constitutionnel, va pour la désinvolture.
Tout porte à croire que c'est à ce jeu que joue l'opposition burkinabè. Elle ne voudrait pas faire piètre figure dans un scrutin qui de surcroit crédibiliserait l'initiative de l'adversaire d'en face. C'est pourquoi on attendra en vain qu'elle milite pour le « non » au référendum. Pour la sincérité de ses convictions républicaines, il faudra repasser. Dommage !
L'hebdo du Burkina : Edition N°799 du 19 au 25 Septembre 2014