Politique nationale : Quelles stratégies résurrectionnelles pour un CDP post-insurrectionnel ?

| 30.01.2015
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Politique nationale : Quelles stratégies résurrectionnelles pour un CDP post-insurrectionnel ?
© DR / Autre Presse
Politique nationale : Quelles stratégies résurrectionnelles pour un CDP post-insurrectionnel ?
Les barons de l'ancien régime n'auront donc pas attendu trois mois pour réoccuper la scène politique. Après l'exil précipité par l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre du beau Blaise au pays de ses beaux, les activités politiques reprennent lentement, mais sûrement leur cours pour le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), désormais ex-giga parti au pouvoir. Tandis que certains de ses hérauts continuent de mener une vie clandestine, d'autres ont retrouvé le courage de remettre le parti sur pied. Mais sur quel pied vont-ils désormais danser?


Le moins que l'on puisse dire, c'est que le CDP a bien plus de baraka que certains partis présidentiels qui ont dû changer d'appellation pour survivre aux crises de la fin de règne du «père fondateur». En dehors de la pénitence d'une brève suspension qui lui avait été infligée par le gouvernement de transition, «le parti de la daba» n'a même pas eu à subir les tribulations qui sont généralement réservées à ceux qui perdent le pouvoir. Malgré les fatwas prononcées lors des événements insurrectionnels de fin octobre dernier, tout va bien pour tout le monde dans le meilleur des Burkina post-insurrectionnels.

Mieux, aucun baron de l'ancien régime n'a été inculpé de quoi que ce soit, personne n'a été mis en prison. Chef' Kaf, le PF de la transition, a même dit que l'extradition du Blaiso national n'était pas une priorité pour lui et son gouvernement. Le mari de Chantou peut donc continuer à se la couler douce dans sa villa luxueuse à Yamoussoukro, sous la protection de son hôte Alassane Ouattara. Ici au Faso, certains de ses ex-lieutenants n'ont pas non plus mis beaucoup de temps à l'exil forcé auquel ils ont été contraints. Même s'ils continuent d'être prudents, la plupart ont regagné le Faso.

Comme pour le prouver à ceux qui doutaient encore de leur incapacité à émerger des décombres de l'insurrection, le CDP s'est même payé le luxe de battre le rappel médiatisé de ses troupes. Une bonne occasion pour faire voir et revoir les visages d'anciens barons que l'on croyait disparus pour toujours de la scène politique nationale.

C'est vrai que l'Assimi-lé Kouanda n'a pas encore osé reprendre son fauteuil de boss du CDP et que c'est Léonce Koné qui s'est présenté comme responsable d'un «directoire national». Mais on a pu voir des tronches de tristement célèbres chantres de la modification de l'article 37 comme Salia Sanou, l'ex-maire de Bobo-Dorosso, Jean-Bertin Ouédraogo, l'ex-ministre des Infrastructures, pour ne citer que ceux-là.

Le clou -ou le comble (c'est selon)- était d'apprendre à cette première rencontre post-insurrectionnelle que le «camarade Assimi Kouanda était toujours le patron du CDP». Ce qui n'a pas manqué de susciter l'indignation d'«un groupe de jeunes» qui ont aussitôt exigé sa démission. La logique du respect des textes régissant le parti voudrait qu'un congrès soit urgemment convoqué pour prendre les décisions idoines et à même de faire renaître l'organisation politique de ses cendres. Mais les différents camps qui se sont ligués et qui s'affrontent déjà en coulisse sauront-ils avoir la patience et la hauteur d'esprit nécessaire pour sauver les meubles?
Telle est la question qui brûle les lèvres au sein et à l'extérieur du parti.

En attendant qu'elle soit débattue dans les instances qu'il faut, force est de constater que les vents ne sont pas aussi favorables pour le CDP qu'on peut l'imaginer. D'une part, il y a des départs volontaires qui n'attendent que d'emménager leurs points de chute pour rendre leurs cartes de militants. De ceux-là, il y a bien évidemment les anciens barons qui ont déjà annoncé leurs candidatures pour la présidentielle de 2015.
La logique de ces ambitions officiellement affichées voudrait que ces derniers se démarquent de l'ancien parti présidentiel dans les prochaines semaines et créent leurs propres formations politiques comme cela semble être déjà le cas pour le général Djibrill Bassolé, ancien dernier ministre des Affaires étrangères du Blaiso. C'est clair, c'est sûr, Djibi ne s'en ira pas seul. Il partira avec un bon lot de militants du CDP, mais aussi et surtout de cadres et pas des moindres. Et quand on sait que le départ du trio Roch Marc Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré pour la création du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) avait entraîné une saignée sans précédent de l'ex-parti présidentiel, on imagine que d'autres chocs de la même amplitude ne peuvent que provoquer des dégâts aussi corrosifs.

Pour se recréer un présent viable et un avenir politique véritable, le CDP a du pain sur la planche. Les cadres qui veulent se maintenir dans le parti doivent non seulement ré-appendre à vivre et à travailler ensemble, mais à se départir des bonnes vieilles méthodes du temps où ils géraient un pouvoir sans partage et pouvaient donc tout se permettre. Fini, le temps où il suffisait d'abreuver le peuple d'illusions et de distribuer des feuilles pour être sûr de gagner des élections. Aujourd'hui, il faut conquérir ou reconquérir une crédibilité perdue. Et cela n'est pas une mince affaire. Inutile de faire croire que le CDP ressuscité servira à «faire revenir triomphalement Blaise au Faso», comme l'impénitent Salia Sanou tente de le distiller dans sa zone d'influence.

En choisissant volontairement - ou par calcul - de ne pas faire payer officiellement le CDP pour avoir poussé le pays dans les événements malheureux des 30 et 31 octobre 2014, les autorités de la transition pensent préserver la paix sociale, mais elles ne rendent pas vraiment service à ce parti politique. Cela expose malheureusement certains de ses cadres à ne pas prendre conscience de cette dérive par le biais d'un véritable travail critique.

F. Quophy

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