Politique nationale : L'amère pilule de la "transition apaisée"

| 14.02.2014
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Politique nationale : L'amère pilule de la "transition apaisée"
© DR / Autre Presse
Politique nationale : L'amère pilule de la "transition apaisée"
A l'instar de la pilule du lendemain ou de la pilule tout court qui permet de s'enjailler sans risque de Grossesse Non Désirée (GND), un médicament anti- constitutionnel, dénommé Pilule de la Transition Apaisée (PTA), vient d'être lancé sur le marché politique burkinabè. Il est l'œuvre de la Confédération des Drogues Populaires (CDP), un grand géant de l'industrie pharmaceutique qui a perdu plusieurs de ses cadres à la faveur d'une crise consécutive à une guerre de succession à la tête de la firme. Des anciens barons de l'ex-tout-puissant groupe ont claqué bruyamment la porte pour se constituer en une nouvelle société sous le signe MPP, entendez Manufacture des Paumés du Pouvoir. Leur activisme a fini par faire perdre le sommeil à leur ancien patron, qui s'est ouvert à un pédiatre et ancien boss du pays pour lui demander la médiation appropriée pour faire passer la pilule.

Seulement voilà. A grand renfort médiatique, le médecin-médiateur a déclaré s'être autosaisi de cette mission avec d'autres «sages» triés sur le volet, respectivement au sein des communautés catholique, protestante et musulmane. Et pourtant, il devrait savoir que si chrétiens et musulmans sont individuellement pour la vulgarisation et l'utilisation de pilule contraceptive, les Eglises et l'Uma sont assez unanimes sur les effets négatifs d'une telle pratique sur la foi. Dans le contexte politique burkinabo-burkinabè, les organisations religieuses sont très divisées sur d'autres types de Pilule récemment distribués par la CDP et ses alliés et qui ont pour noms la Sénatorine et la Dévérouillagine 37.

Du reste, de gigantesques marches et meetings ont été organisés l'année dernière et au début de cette année pour protester contre la mise sur le marché de ces deux pilules jugées nocives pour le respect de la Constitution. Mais la CDP ayant déjà fabriqué, probablement à coups de billets de banque, la Pilule de la Transition Apaisée, elle tient mordicus à la commercialiser par tous les moyens. Avant de saisir le Dr Jovial Bon et Ouvert (JBO), il a pris le soin de former un Front républicain pour ratisser des délégués médicaux prêts à jouer les marketeurs de service. Dans les rangs de ceux-ci, on retrouve l'ère-Man ou l'avocat des causes perdues, un fils d'ancien boss qui, à force de chercher en vain le pouvoir, aide les autres à le conserver à tout prix. On retrouve également un autre médecin, Alain-le-rescapé, casé dans le gouverne-et-ment par Solidarité nationale.

Si la Pilule arrivait à passer, tous ces gens, y compris d'autres qui sont tapis dans l'ombre, en auront bien pour leur compte. Mais le principal bénéficiaire des retombées escomptées n'est autre que le Blaiso national. Malgré son âge avancé -plus de 60 ans-, et surtout après avoir passé plus d'un quart de siècle à la tête de la grande firme, il se refuse toute ménopause. A défaut de ne pas obtenir la possibilité d'accoucher d'un mandat entier après 2015, il négocie un "lenga" de deux ans. Tout cela, rappelons-le, pour, dit-il, permettre au pays d'avoir une Transition Apaisée. Pour une pilule, c'en est vraiment une pour une faune politique qui se préparait plutôt à chanter le requiem du trop long règne de ce dinosaure. Que va-t-on faire maintenant que la pilule est tirée?

La stratégie actuelle de la CDP, entendez toujours la Confédération des Drogues Populaires, est de tenter de faire avaler tout ou partie de la pilule par la négociation. Malheureusement, certains «médiateurs», et pas des moindres, se sont éclipsés sans crier gare. Il en est ainsi du pasteur Ça-Mue-El, qui ne se sentait probablement pas bien dans la camisole de «sage» que le Dr JBO lui a filée. Quant à l'archevêque de Bobo-Dorosso, il était officiellement parti en «mission à Rome». Mais quand on connaît la minutie avec laquelle un prélat de sa trempe gère son agenda, on se demande si Mgr Paulo n'a pas voulu feinter ses homologues «sages» sans le leur avouer.

Ce qui est sûr, c'est que la médication, pardon la médiation, s'est poursuivie sans que le quorum des médiateurs ne soit atteint. Curieusement, cela n'a pas porté atteinte aux rencontres et aux discussions. Les couacs de la fin de semaine dernière ne l'ont pas arrêtée, puisqu'elle s'est poursuivie cette semaine. Toutes les oreilles sont tendues vers les résultats des conciliabules. Mais il n'y a pas à se faire d'illusions. La pilule est d'ores et déjà jugée très amère par la société de Manufacture des Paumés du Pouvoir (MPP). En fait, ceux-ci ne font qu'emboucher la trompette des anti-PTA-Sénatorine-Dévérouillagine 37. Ils ont d'ailleurs grossi les rangs de ceux-ci, formant ainsi une Ligue de Consommateurs politiques qui ne veulent plus voir la CDP, encore moins son boss, le Blaiso national, faire ne serait-ce qu'une semaine après la fin constitutionnelle de son mandat.

Mais au-delà des prises de position des unes et des autres organisations politiques, force est de constater que le simple fait de mettre sur le marché politique un médicament dénommé Pilule de la Transition Apaisée (PTA) pousse à une double interrogation. Est-ce parce que le Blaiso national serait resté aussi longtemps au pouvoir -de 1987 à 2015- qu'il faille une «transition apaisée», ou bien est-ce le parti actuel au pouvoir qui veut introduire une tradition politique qu'il faudra appliquer aux prochains régimes? La politique n'est pas réductible au marketing. Quelle qu'en soit l'issue, la PTA ne pose pas moins un problème de marchandage indécent d'un président qui a eu tout le temps pour préparer sa sortie... par la grande porte.

F. Quophy

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