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MCA-Burkina : Victime collatérale du séisme au CDP ?

| 04.02.2014
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MCA-Burkina : Victime collatérale du séisme au CDP ?
© DR / Autre Presse
MCA-Burkina : Victime collatérale du séisme au CDP ?
Pour un séisme, l'affaire des anciens membres du Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, a occasionné de nombreuses répliques dans toute l'Administration publique burkinabè. C'est le cas au Millennium Challenge Account, le MCA-Burkina, dont le coordonnateur a lui aussi pris ses jambes à son cou. Toute chose qui en rajoute à un climat de fin de Compact déjà bien lourd, en raison des incertitudes qui planent sur sa (non)-reconduction au niveau du Burkina.

On le savait amateur de belles et parfois brumeuses théories économiques. En revanche, on ne lui connaissait pas des talents d'athlète, capable de sauter du CDP avec une telle agilité. Comme quoi, autant l'habit ne fait pas toujours le moine, autant l'apparence extérieure ne fait pas toujours le bon sportif.

Une chose est certaine, Bissiri Joseph Sirima, l'actuel coordonnateur national du MCA-Burkina, a préféré suivre le mouvement pour plier bagage et rouler carrosse pour les démissionnaires du CDP. Grossissant ainsi le lot des personnalités qui ont préféré couper l'igname (c'est une expression ivoirienne) depuis le 4 janvier 2014 d'avec leur ancienne formation politique.

Ce nombre, de l'avis même de Roch Marc Christian Kaboré, l'une des figures de proue de la contestation, ne serait pas près de s'arrêter; il ira crescendo, assure-t-il, car d'autres ralliements seraient en vue du côté de Ouidi où est désormais implanté le siège du Mouvement du peuple pour le progrès, le MPP.

Bissiri Joseph Sirima, c'est l'un des membres de l'establishment politique local dans la région des Cascades, à la frontière de la Côte d'Ivoire.
Avec le temps, et sans doute aidé par ses fonctions au MCA-Burkina, il a su à l'évidence capitaliser des sympathies dans une zone où la concurrence est rude entre les élites. Autant dire que son départ du CDP n'aura fait que déstabiliser davantage son ancien parti qui peine depuis lors à retrouver sa marge de manœuvre initiale.

Et dire que jusqu'à la veille de la fameuse officialisation de la première vague des démissionnaires, le rondouillard ne laissait poindre aucune attitude de dissidence. Bien au contraire, il se plaisait à faire ce qu'il semblait le mieux connaître: ''coordonner'' et assurer la bonne exécution des missions qui sont assignées à son institution depuis l'entrée en vigueur du Compact burkinabè en 2009, pour un budget total de plus de 240 milliards de francs CFA. Un programme financé par le gouvernement américain à travers le Millennium Challenge Corporation, le MCC, pour une durée de cinq ans et destiné à appuyer trois composantes, à savoir l'agriculture, les infrastructures et le foncier, ainsi qu'un volet de soutien à l'éducation de la jeune fille par le truchement du projet Bright 2.

En clair, le MCA-Burkina arrive à son terme dans quelques mois. Plus exactement en juillet 2014. Une échéance acceptée depuis le début par les deux parties et matérialisée par les signatures américaines et burkinabè. Comme l'affirme l'adage, «les bons comptes font les bons amis». Par conséquent, l'on se prépare, au niveau de l'immeuble Barack-Obama, à Ouagadougou. Question d'attendre le verdict final du donateur et savoir s'il consent à reconduire son appui dans le cadre d'un nouvel engagement financier.

A Ouagadougou en tout cas, les autorités (et les employés du MCA) ne seraient sans doute pas hostiles à cette éventualité qui pourrait, le cas échéant, procurer aux premiers cités un bénéfice politique certain. Sauf que la donne a changé en l'espace de quelques semaines.

En effet, c'est un opposant qui est (pour l'instant) aux manettes. Rien d'anormal à cela peut-être, sauf que dans le contexte politique électrique d'un Faso en voie de démocratisation, cela pourrait ne pas être bien perçu à tous les niveaux.

Signe d'une atmosphère qui pourrait cependant déteindre négativement sur les relations entre acteurs du programme, c'est l'absence notable du ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, Arthur Kafando, par ailleurs membre influent du CDP, le 16 janvier dernier lors du lancement officiel des travaux de reconstruction de quatre marchés agricoles dans le Sourou. Malgré la volonté manifeste de son représentant de passer sous silence ce couac protocolaire, il y a que cette absence notable d'Arthur Kafando, ajoutée au lapsus d'un Joseph Bissiri Sirima perdu dans les dédales de son discours, n'ont fait qu'accroître la confusion.

Pour le reste, ce sera à l'Administration Obama, continuatrice de l'œuvre de Bush fils, de mettre définitivement fin au suspense. Certes, au vu de la volonté qui se dégage de conduire à bon port les initiatives mises en œuvre, il reste que plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Notamment la crise économique aux USA et la volonté des Républicains, pourtant à la base du projet, de barrer la voie aux Démocrates. Dans cette perspective, des restrictions ne sont pas à exclure dans un éventuel reformatage de certains programmes made in USA. Bonne nouvelle pour l'instant, c'est que le Burkina fait partie de la liste des pays invités par l'Administration américaine dans le cadre d'un prochain sommet Afrique-Amérique aux Etats-Unis. Si, d'ici là, tout continue d'aller...

A. TraorÈ

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