Le chef de l’Etat au Centre-Ouest : Un «Lion» édenté dans la gibecière de Blaise ?

| 13.05.2014
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Le chef de l’Etat au Centre-Ouest : Un «Lion» édenté dans la gibecière de Blaise ?
© DR / Autre Presse
Le chef de l’Etat au Centre-Ouest : Un «Lion» édenté dans la gibecière de Blaise ?
L'image fait le buzz sur les réseaux sociaux depuis samedi dernier. Nous sommes à l'entrée de Poa, et le Président du Faso est en route pour Koudougou et Réo où il doit tenir son jamboree politique pendant le week-end.

Parmi la multitude de responsables politico-administratifs et les badauds venus pour l'accueil dans la capitale du poulet, une personne pittoresque qui tranche dans le décor salue chaleureusement le locataire du palais de Kossyam. De gros rires aux éclats et autres formules convenues sont au rendez-vous. Il s'agit de Boukary Kaboré, dit «Le Lion».

Une scène surréaliste pour qui connaît les relations réputées orageuses entre les deux hommes, depuis l'assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre 1987. Après son refus de se ranger, l'expédition punitive des hommes de Blaise Compaoré contre ses soldats à Koudougou, la fuite au Ghana, le retour au bercail, la reconstitution de sa carrière militaire et la création d'un parti politique sankariste, l'ancien commandant du célèbre Bataillon d'infanterie aéroporté de Koudougou, qui était à tu et à toi avec Sankara, n'avait jamais manqué une occasion de pourfendre celui qu'il estime responsable de la mort de son héros.

Et aujourd'hui, c'est lui-même qui, dans son patelin natal de Poa, s'est comporté avec Blaise Compaoré comme au bon vieux temps du Conseil national de la Révolution. Depuis lors, le lion, qui a perdu de sa superbe, devenu édenté, aux griffes vermoulues et à la crinière grisonnante qui en dit long sur les épreuves traversées, avait tout de même toujours rué sur les brancards. Nous ne sommes pas à la chasse, mais faut-il penser que sa tête est désormais dans la gibecière de Blaise Compaoré ?

Les militants de l'opposition apprécieront. En attendant, pour un trophée, c'en est vraiment un que le chef de l'Etat a brandi sous les regards et sourires narquois de ses accompagnateurs. Ce jour-là en tout cas, le chasseur de Ziniaré, qui s'y connaît en félins puisque élevant quelques-uns dans son ranch, a rendu Le Lion subitement docile. A-t-il réussi à l'apprivoiser 27 ans après ?

Cette image traduit à elle seule le regain de forme de celui dont on ne payait pas cher la peau il n'y a pas longtemps et qui s'est mis à parcourir le Burkina dans tous les sens. Ce qui ressemble à une campagne électorale avant l'heure. En fait, de Sindou à Koudougou en passant par Tenkodogo et Bobo-Dioulasso, le chef de l'Etat veut livrer un double message.

Le premier s'adresse aux mauvaises langues qui épiloguaient sur son état de santé. A ceux-là il veut prouver qu'il est physiquement et mentalement prêt à engager de grandes batailles, les combats qui valent la peine. Le deuxième message peut être déchiffré à travers cette recherche effrénée de l'effusion populaire. Blaise Compaoré veut montrer à quel point le peuple brûle d'amour pour lui. Il n'y a donc aucune raison de ne pas modifier la Constitution pour s'engager résolument vers un nouveau mandat.

Les tirs du militaire qu'il reste sont de plus en plus précis. Du reste, il le fera remarquer sans ambages, quand dans une de ses adresses, il a prévenu que le degré d'engouement prouve que lui et ses supporters sont majoritaires et que par conséquent «la majorité va imposer son choix». La cause semble donc entendue puisque le bon peuple le veut, et comme Blaise Compaoré ne sait pas dire non, le référendum qui devra permettre la révision de l'article 37 devra avoir lieu.

N'en déplaise aux grincheux de tout acabit et à ceux qui font dans le juridisme savant. Une chose est sûre : l'ancien révolutionnaire qu'il est sait appliquer la bonne vieille théorie de l'occupation permanente des esprits, dans une offensive d'autant plus fulgurante que l'opposition semble avoir un peu laissé le terrain.

Puisque la volonté du pouvoir en place est devenue un secret de polichinelle, l'on n'attend plus que l'annonce de cette litigieuse consultation référendaire. Reste maintenant à savoir si tout se déroulera selon le scénario prévu par les laborantins de Kosyam.

La Rédaction

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