Le CDP et ses ex' : Tu me tiens, je te tiens

| 24.01.2014
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Le CDP et ses ex'  : Tu me tiens, je te tiens
© DR / Autre Presse
Le CDP et ses ex' : Tu me tiens, je te tiens
Après la crise ouverte entre les ténors du CDP et la direction politique de ce parti au pouvoir, l'heure des intrigues et des coups fourrés a-t-elle sonné? On peut répondre par l'affirmative, au regard de l'agitation actuelle observée de part et d'autre. C'est le parti présidentiel qui, le premier, a lancé l'attaque. Peu de temps seulement après le tsunami qui l'a secoué, l'opinion est informée que la Justice a commencé à s'intéresser à Salif Diallo dans le dossier Dabo Boukary, du nom de cet étudiant en médecine mort, en 1990, dans des conditions encore obscures.

La convocation de Robodopé en cette période de crise au sein du CDP ne peut pas être une banale coïncidence. Bien qu'ils aient voulu minimiser ces départs, les responsables du CDP savent pertinemment que leur formation politique est atteinte dans ses parties sensibles. Et sans nul doute que la tentative d'ouverture du dossier Dabo sonne comme une intimidation pour arrêter la saignée des militants. Une façon de menacer ceux qui veulent quitter le navire de sortir leur dossier compromettant. C'est certainement dans cette logique qu'est également évoqué un supposé deal portant sur la somme de vingt-six milliards mené par Salif Diallo pour l'obtention d'un marché au Niger.
Les autres démissionnaires ne seront pas épargnés, et personne ne sera étonné que dans les jours à venir les partisans du CDP ressortent des dossiers pour les compromettre. Un Simon Compaoré pourrait ainsi être visé par un retour sur les observations faites par la Cour des Comptes à l'ancien maire de Ouagadougou au sujet de la réhabilitation de l'hôtel de ville. Pour déstabiliser Roch Marc Christian Kaboré, on pourrait ouvrir les dossiers de la privatisation que le chef de file des démissionnaires a gérée en sa qualité de Premier ministre, au milieu des années 1990. En un mot comme en mille, les va-t-en-guerre au sein du parti présidentiel ne lésineront sur aucun moyen pour discréditer leurs anciens camarades.
Du côté des démissionnaires, conscients qu'ils ne disposent plus de l'appareil d'Etat pour répondre aux coups de leurs ex-camarades, ils ont peaufiné la stratégie du ver: infiltrer le fruit pour le pourrir de l'intérieur. Il semble ainsi qu'ils auraient demandé à certains de leurs partisans au sein du groupe parlementaire CDP et du gouvernement de jouer les sous-marins au sein de ces structures afin de leur permettre d'être informés en temps réel des stratégies arrêtées par le pouvoir. Parfois, certains de ces relais montent au créneau pour "djafoul" sur les démissionnaires, histoire de brouiller davantage les cartes et d'installer la suspicion à tous les niveaux. Si rien ne permet à l'heure actuelle d'identifier avec certitude les taupes au sein du gouvernement, au Parlement de lourds soupçons pèseraient sur des députés.
Dans ce jeu dangereux de "tu me tiens, je te tiens", pas sûr que les tenants de la ligne dure du régime sortent gagnants dans leur volonté de salir les démissionnaires du CDP. En effet, comment, par exemple, pourra-t-on compromettre Salif Diallo dans le dossier Dabo Boukary sans toucher certains hommes au sommet de l'Etat? Pire, les déballages pourraient aussi conduire à des révélations sur d'autres dossiers connus ou inconnus du public mais explosifs pour le pouvoir. Le ralliement aux démissionnaires de Larba Yarga, ancien ministre de la Justice au temps fort de la crise consécutive à la mort de Norbert Zongo, pourrait être source de soucis pour des bonzes du pouvoir, si toutefois les choses n'ont pas été faites dans la transparence en son temps.
On peut seulement se réjouir pour la vie démocratique si la haine cordiale entre anciens camarades permet de lever le pied sur des dossiers judiciaires qui ont ruiné la crédibilité de l'appareil judiciaire au Faso.

Adam Igor

 

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