Dialogue : A chacun son tazartché ( « la continuité » en langue haoussa)

| 21.02.2014
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© DR / Autre Presse
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Il est revenu au-devant de l'actualité dans son pays et dans la sous-région à la faveur d'événements qui lui ont donné l'occasion de se relancer. Lui, c'est Mamadou Tandja.
De fait, l'ex-président nigérien a carrément jeté ses babouches dans le plat en laissant entendre, à demi-mots, que ses prédécesseurs devraient rendre compte des actifs qu'il aurait laissés dans les caisses du pays au moment de son renversement. L'affaire est évaluée à plus de 400 guiros, pardon, 400 milliards de francs CFA et dont on s'échine à retrouver les traces. En tout cas, pour une revanche sur ses tombeurs, Mamadou Tandja ne pouvait pas s'y prendre mieux. Et ce au regard de la polémique suscitée par ses révélations. Du reste, aussi bien au niveau de l'ex-junte que de celui de l'actuel pouvoir, chacun tente de faire bonne figure. Et de donner ainsi l'assurance qu'il n'a rien à se reprocher dans ce dossier dont la sensibilité n'a d'égale que son degré de nuisance. Finalement, à travers cette affaire, l'ex-président nigérien a manifestement tenté de regagner du crédit aux yeux de l'opinion nationale et internationale, laquelle aurait presqu'oublié que l'homme avait tenté un passage en force en travers de la Constitution avant d'être stoppé net par le colonel Djibo et ses camarades. Ceux-là mêmes qui sont mis à l'index dans ce rebondissement de la politique nigérienne.

Un autre dirigeant africain bien connu, hypermédiatisé, et qui, lui aussi, est désormais à l'école du tazartché, c'est le Président burkinabè. Et pour cause, Blaise Compaoré, le doyen des chefs d'Etat de la sous-région ouest-africaine, serait tenté de jouer les prolongations au terme de son deuxième et dernier mandat constitutionnel en 2015. Ce qui n'est pas du goût de tout le monde chez lui au Burkina. Et même que cela provoque des remous au sein de la classe politique et de la société civile. Ironie du sort, le facilitateur est désormais "facilité" par d'autres médiateurs pour tenter de le sortir du pétrin, même si leur tâche n'est pas des plus aisées et qu'elle promet d'être rude. Tant il est difficile à l'heure actuelle de concilier les positions des uns et des autres.

Entre Mamadou Tandja et Blaise Compaoré, les échanges ont donc forcément un parfum de retrouvailles entre deux personnalités qui se connaissent assez bien. Et même qu'à un moment de l'histoire chacun d'eux a pu mesurer l'attention qu'ils peuvent mutuellement se porter.

Tandja: Tazartché, mon frère! Tazartché seulement!
Blaise: On ne plaisante pas avec ça, Tandja! Ce n'est pas le moment.
Tandja: Ah oui? Finalement tu es donc venu à mon école, à ce que je constate.
Blaise: Ce n'est pas la même chose. Toi, tu n'as pas respecté la Constitution et je t'avais prévenu pour cela.
Tandja: Toi, par contre, tu veux contourner la Constitution, n'est-ce pas! Et ce n'est pas bien non plus. D'ailleurs, Salif m'a dit qu'il t'avait déjà prévenu aussi.
Blaise: Qui, Salfo? Celui-là, je ne lui dis rien! Il m'a laissé tomber au moment où j'avais le plus besoin de lui. Le peuple le regarde... En plus, il m'a pris tout le parti! Il a filé au MPP avec les graines de mil et il n'a laissé que la tige.
Tandja: Bon... Bof! Tu vois bien que c'est compliqué, petit frère! Tu sais, la Constitution c'est comme les discussions sur le prix de l'uranium! Il faut savoir reculer pour gagner un peu.
Blaise: Mais puisque je te dis que Ouagadougou n'est pas Niamey!
Tandja: Oui, c'est pour cela que je te donne les conseils à mon tour. D'ailleurs, j'ai une proposition pour toi.
Blaise: Je t'écoute.
Tandja: C'est Hollande qui me l'a soufflée. Tu seras le Président de l'Union africaine des anciens chefs d'Etat démocratiquement retraités du pouvoir si tu quittes la chose.
Blaise: Et le siège de cette affaire sera basé où? En plus, l'avion présidentiel va porter quelles couleurs?...
Tandja: Ça peut se discuter.
Blaise: Zut... Zut... Là, faudrait que je demande à Moukila, à Antou, à Chantou, à Djami ce qu'ils en pensent, hein!
Tandja: Han! Tout ce monde-là? Ma foi, ce sont des consultations nationales que tu veux convoquer ou quoi?
Blaise: N'gaow! Tu crois que quoi? Affaire de pouvoir-là ce n'est pas du jeu.

Propos recueillis, au Palais de Koulouba, par JJ

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