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Démissions au MPP : S’agit-il vraiment d’un épiphénomène ?

| 06.09.2014
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Démissions au MPP  : S’agit-il vraiment d’un épiphénomène ?
© DR / Autre Presse
Démissions au MPP : S’agit-il vraiment d’un épiphénomène ?
Des militants du CDP sont de retour à la maison. Mais, ce qui est qualifié d'épiphénomène par le parti quitté, le MPP, fait curieusement trop de bruits. Quand, on sait que la vague de démissions enregistrée par le parti au pouvoir en début d'année a été très fortement médiatisée, on se demande pourquoi, pour cette histoire rendue banale, on se mette autant à vouloir « fouetter un chat ».


N'est-ce pas cette pratique, de frapper les esprits qui a servi au MPP pour prouver aux yeux de ce qu'il nomme « opinion nationale et internationale » que le CDP était désormais réduit à sa portion congrue parce que toutes ses forces vives étaient en train de rejoindre le nouvel Eldorado.

En ce mois de janvier, leur motivation de démissionnaires, était portée essentiellement par la perte de leur position d'éternels privilégiés du système qu'ils ont monté mais qu'ils n'ont de cesse de pourfendre aujourd'hui.

D'où vient alors que leur belle explication se réduise à une instrumentalisation des démissionnaires, pour ne pas prononcer le mot honni de démissionnaires achetés. Bizarre tout de même que parmi leurs militants, qu'ils qualifiaient d'intègres et d'incorruptibles, certains soient devenus des vendus pour être retournés à leur origine.

Ils soutenaient alors mordicus que les fuyards du CDP, accourus vers un parti voulant se faire une virginité grâce sûrement à une opération digne du meilleur David Copperfield, étaient tous mus par l'intérêt supérieur de la nation en danger. Neuf mois plus tard, on sait maintenant que certains d'entre eux se sont transformés en des mercenaires.

Il faut espérer pour le MPP qu'il n'y en pas est d'autres derrière. Il n'a pas fallu bien longtemps pour la graine pure qu'ils formaient en soi, se mettent à penser que ceux qui ont choisi librement de les rejoindre, ne puissent pas choisir librement de les quitter. Comment saisir l'essence d'une philosophie voulant que « si tu es avec moi, tu es bon, si tu n'es plus avec moi, tu deviens fatalement mauvais  ».

C'est là une conception qui prouve le refus de se rendre à l'évidence qu'il existe une grande différence entre l'emballage et le contenu. Si comme le laisse entendre leur déclaration sur ces démissions, le peuple burkinabé mérite mieux, ils devraient se demander alors ce qu'ils ont fait de leur passage au pouvoir durant vingt-cinq ans. N'est-ce pas trop tard pour eux, après avoir eu le pouvoir, tout le pouvoir, de se réveiller d'un long sommeil pour distiller des leçons qui, du reste, les renvoient à leur propre image.

On aurait compris qu'ils admettent que chacun s'en aille où il se sente le mieux, pourvu que le peuple qui serait pour eux, restent avec eux. A tout dire, les préoccupations justement du peuple sont ailleurs et elles sont à mille lieues de nourrir un intérêt pour qui gagne un militant en plus ou compte un militant en moins.

Décidément, les mœurs politiques ont la peau dure surtout quand elles versent dans la politique politicienne. Mais pour réellement savoir qui est qui, il faudra bien s'en revenir aux fondamentaux de la démocratie de type libéral. S'en remettre au peuple, au vrai. Il est plus sûr que les querelles pour chiper des militants et sans aucun intérêt.

Souleymane KONE

Source : L'Hebdomadaire du Burkina N°797 du 05 au 11 Septembre 2014

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