CDP La guerre des stades vaille que vaille

| 20.06.2014
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CDP  La guerre des stades vaille que vaille
© DR / Autre Presse
CDP La guerre des stades vaille que vaille
Précédemment annoncé pour le 14 juin 2014, le contre-meeting organisé par le Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, et ses alliés du Front républicain a finalement été reporté au 21 juin 2014. Les dessous de ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'affaire Salifou Nébié n'y sont sans doute pas étrangers...
Il était annoncé comme la réponse du berger à la bergère, pour ne pas dire du marcheur à la marcheuse. Finalement les partisans du référendum au Burkina ont décidé de reporter leur manifestation d'une semaine.

Reculer pour mieux sauter, comme on entend souvent le dire? Sans doute. Il y a quelques mois en effet, à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, la même stratégie du report a été utilisée pour s'assurer in fine que le «recto verso» tant souhaité serait effectif.

Ironique, un analyste politique constate que dans cette question de mobilisation dont l'unité de mesure se trouve être les cuvettes des stades, chaque partie, et plus encore les partisans du régime Compaoré, n'a droit à l'erreur. Sous-entendu qu'un échec n'est pas envisageable à ce niveau du face-à-face. Voilà pourquoi, explique-t-il, tous les moyens sont parfois bons pour gagner la bataille du surnombre: cars de transport en commun gracieusement mis à la disposition des manifestants, billets de banque, promesses en tout genre, tout y passe pour tenter de battre le rappel des troupes.
De fait, après le succès de l'opposition au stade du 4-Août, il y a quelques semaines, le pouvoir avait à cœur d'apporter rapidement la réplique, et ce pour bien montrer qu'il ne lâche rien et que ses méthodes continuent de faire recette. Le Président Compaoré lui-même ne s'est-il pas jeté dans la bataille en laissant entendre que la question de son départ ou non du pouvoir au-delà de 2015 serait tranchée par un référendum?

Seulement voilà, l'affaire Salifou Nébié, du nom de ce juge constitutionnel dont la mort -annoncée d'abord comme un homicide- continue de susciter controverses, interrogations et polémiques dans un pays où pourtant les cendres de l'affaire Norbert Zongo et de ses compagnons ainsi que celles de nombreux autres dossiers brûlants sont encore chaudes, s'est invitée dans l'actualité..

L'émoi suscité par le décès de ce haut magistrat ainsi que les embrouilles répétées du gouvernement dont le Chef a curieusement préféré prendre le large au Canada alors même que la situation exigeait une toute autre attitude de sa part ont vite fait de convaincre une partie de l'opinion que quelque chose ne tournait pas rond dans cette affaire.

Du reste, les huées encaissées par Dé Albert Millogo, le Président du Conseil constitutionnel, aux obsèques de son ex-collègue ont montré à quel point la fracture est désormais grande entre les acteurs de la gouvernance judiciaire au Faso. On peut donc imaginer que tenir un meeting dans de pareilles conditions aurait été rapidement assimilé à de la provocation ou à du mépris.

Pour autant, et on l'aura compris également, pas question pour les partisans du régime de lever le pied, encore moins de renoncer à gagner le pari du plus grand stade du Burkina avec ses 30 à 35 000 places.

Du reste, ni les appels de l'ADF-RDA en faveur d'une nouvelle médiation au Faso, ni même la mise en place des structures anti-référendum par l'opposition ne semblent pouvoir stopper les amis et les tontons de Blaise dans leur volonté d'en découdre. Certes, et dans le cas d'espèce, ils veulent bien concéder quelques jours de réflexion mais maintiennent leur détermination à vouloir offrir un nouveau bail présidentiel à leur champion en 2015. Ce d'autant plus qu'au moment même où l'annonce du report du meeting a été faite, l'opposition, de son côté, galvanisée par les derniers développements de l'actualité nationale, honorait son nouveau rendez vous avec la ville de Sya.

Sur place pourtant, à Bobo-Dioulasso, foi de témoins, une contre-manifestation a été commandée et mise sur orbite pour dire oui au déverrouillage de l'article 37 de la Constitution burkinabè. C'est clair, en politique, il ne faut pas laisser le champ libre à un adversaire que l'on connaît et qui vous connaît réciproquement. Au risque, bien évidemment, d'en faire les frais et de le payer cash.

Sans surprise donc, on assistera encore à de nouvelles démonstrations de muscles toujours plus impressionnantes les unes que les autres. «On se demande d'ailleurs», commente notre analyste, « après que les stades aient été suffisamment remplis de monde, quelle sera le nouveau défi en termes de mobilisation politique au Burkina». A moins que, d'ici là, peut-être le Chef de l'Etat, qui joue avec les nerfs de ses compatriotes, ne s'exprime enfin et pour une fois d'une manière suffisamment claire pour tous les Burkinabè, fût-ce à guichets fermés...

A. TraorÈ

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