Arsène Bongnessan Yé : En attendant l'ordre de démobilisation

| 21.02.2014
Réagir
Arsène Bongnessan Yé
© DR / Autre Presse
Arsène Bongnessan Yé
Depuis l'exacerbation de la tension autour de la modification ou non de l'article 37 de la Constitution au Burkina Faso, Arsène Bongnessan Yé se fait très discret. Lui, l'architecte des réformes politiques et institutionnelles dont on disait pourtant qu'elles devraient en principe apporter un regain de vitalité à la démocratie burkinabè, semble désormais être relégué au second plan par des négociateurs dont certains ont clairement opté de tracer leur propre voie de sortie de crise.


A son entrée au gouvernement, et alors même qu'il se voyait bombardé ministre d'Etat chargé des Réformes politiques et institutionnelles, la presse burkinabè ne croyait pas se tromper en voyant en lui le ministre tout trouvé pour s'occuper du cas particulier de l'article 37. En d'autres termes, l'homme était, aux yeux des journalistes et d'une bonne partie de l'opinion, clairement en service commandé. Objectif, tenter de faire sauter le verrou limitatif des mandats présidentiels et offrir un nouveau boulevard au capitaine.

 

Comment aurait-il pu en être autrement au regard de la débauche extraordinaire de moyens humains, matériels et financiers engagés dans une affaire qui aurait simplement pour dessein d'embellir l'espace institutionnel sans agenda caché? Bien naïf qui aurait pu le croire...

En tout cas, il n'en fallait pas plus pour provoquer une réaction vive et énergique de l'ancien président de l'Assemblée nationale, qui a vu dans ces assertions des allégations sans fondement.

Pour autant, l'homme ne sera jamais parvenu, depuis sa nomination, à se défaire de cette image peu flatteuse qui, à chacune de ses sorties médiatiques, revenait sans cesse dans les discours et dans les débats. Avec toujours la même réponse de la part de l'intéressé: «Je ne suis pas le ministre de l'article 37.» Bref, entre le ministre et ses contradicteurs, c'était à qui aurait le dernier mot dans ce jeu de cache-cache qui ne disait pas son nom. Chaque camp étant persuadé, à tort ou à raison, que le temps lui donnerait forcément raison.

On en oublierait presque que le CCRP, le Conseil consultatif pour les réformes politiques et institutionnelles, est passé par là. Avec encore et toujours, hélas! les mêmes tensions entre pro et anti. Organisateur en chef de cet événement, Bongnessan croyait sans doute bien faire en assurant, dès l'entame, qu'il s'agissait d'un tournant historique auquel tous les acteurs intéressés par le devenir du pays devaient prendre part. Lui qui par ailleurs semblait totalement assuré que le Chef de l'Etat était en phase avec les participants et qu'il s'engageait par voie de conséquence à ne mettre en application que les mesures consensuelles. Il n'en sera rien finalement puisque, nouveau flop, ce sont justement les mesures non consensuelles que l'on tente de faire passer à présent par la fenêtre après quelles furent sorties par la porte d'entrée principale.

Le Professeur Augustin Loada, un des participants aux travaux du CCRP, n'a pas eu de mots assez durs pour reconnaître que l'exercice a été une duperie. Ajoutant, en guise de conclusion, que finalement c'est l'opposition qui a eu raison de ne pas y aller. Ce qui du même coup porte un coup sérieux à la crédibilité de ses consultations de même qu'à celle de ses organisateurs.

Du reste, l'opposition et la société civile n'ont pas hésité à leur tour à se saisir de ces sorties médiatiques pour remuer le couteau dans la plaie et bien montrer la pertinence de leur position. A l'image du Focal, le Forum des citoyens pour l'alternance, qui maintient, depuis le début, son refus catégorique de s'associer à des travaux dont il ne voyait pas la pertinence dans le contexte actuel.

Face à autant de déconvenues, c'est un ministre d'Etat marginalisé et de plus en plus discret, voire effacé, que les Burkinabè redécouvrent. Comme si la mission pour laquelle il a été commis est désormais terminée. Certes, on le voit de temps à autre à des cérémonies officielles. Mais c'est à peine s'il n'inaugurait pas les chrysanthèmes comme tant d'autres avant lui.

De même, dans les chétifs comptes-rendus des conseils des ministres qui sont faits aux Burkinabè, et mis à part quelques rares apparitions, rien de bien significatif au sujet du ministère dirigé par le médecin colonel. Bref, ça ressemble à une fin de mission dont on n'attend plus que les ordres du grand patron pour éventuellement démobiliser.

Surtout que, désormais, le dossier de l'article 37 a été éclipsé par un nouveau concept en vogue en ce moment: celui de «transition apaisée» et dont les contours demeurent à ce jour difficiles à appréhender clairement, aussi bien par ceux qui le professent sans pouvoir dévoiler leurs cartes, que dans le camp de ceux qui croient savoir qu'il s'agit d'un jeu de dupes de la part du pouvoir en place et destiné à gagner du temps.

Du reste, sur ces principaux sujets qui font des gorges chaudes en ce moment au Faso, c'est principalement la Fedap-BC, et accessoirement le CDP (avec ses alliés du Front républicain), qui ont repris et même monopolisé le crachoir public au sein de la majorité présidentielle. Idem pour le groupe des médiateurs «autosaisis», qui a tenté, à sa manière, de consolider également ses assises. Tous ces acteurs ci-dessus cités ont soigneusement inscrit leurs actions dans une logique dont le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles font la part belle à leurs propres initiateurs...

A. TraorÈ

Publicité Publicité

Commentaires

Publicité Publicité