Cette fois, sa marge de manœuvre est bien étroite. La modification de la Constitution par voie parlementaire exigeait l'adhésion des trois quarts des parlementaires au projet. Or, mathématiquement, ce nombre était difficile à atteindre par le pouvoir. La majorité parlementaire ne faisait pas le poids, car elle compte juste les 70 élus du CDP auxquels il faut ajouter les 10 du groupe parlementaire de la Convention des Forces républicaines et le député non-inscrit de l'UNDD. Cela fait 81 voix, loin des 3/4, c'est-à-dire 96 voix. Le groupe parlementaire UPC et celui de l'ADJ étaient dans une position sans équivoque de rejet de cette modification. Pendant quelques jours, tous les regards se sont de ce fait tournés vers le parti de l'éléphant, et plus précisément vers les députés de ce parti. Au nombre de 18, ce sont eux qui pouvaient faire la décision. Théoriquement, ce groupe est dans une opposition à la modification de l'article 37. Le chef du parti a martelé, plus d'une fois, qu'il était pour le respect strict de la Constitution actuelle, mieux, que l'ADF/RDA aura son propre candidat en 2015.
Cependant, certains faits et gestes des premiers responsables du parti invitaient à la prudence. Ceux-ci étaient en effet dans une position d'équilibriste. Ils réaffirmaient leur opposition au déverrouillage de l'article 37 mais apparaissaient, en même temps, aux côtés de représentants du Front républicain qui appelaient de tous leurs vœux à la tenue d'un référendum pour modifier ledit article...
Quelle position va maintenant adopter celui qui apparaissait comme faiseur de roi? A-t-il été trop gourmand ou n'était-il pas en mesure d'offrir assez de garantie? Toujours est-il que, ce mardi 21 octobre, le Conseil des ministres réuni en séance extraordinaire annonçait «avoir examiné un projet de loi portant révision de la Constitution conformément aux dispositions des articles 161 à 165 du titre XV de la Constitution». Le gouvernement a «marqué son accord pour la transmission de ce projet de loi à l'Assemblée nationale, conformément à l'article 163 de la Constitution en vue de la convocation d'un référendum».
Le mot est lâché: "référendum". Même si le cercle présidentiel s'est beaucoup investi pour rallier les députés ADF/RDA et même s'il se susurre que les espèces sonnantes et trébuchantes auraient "travaillé", le P.F. ne devrait pas faire l'économie d'un scrutin national. Les perspectives de Gilbert Noël Ouédraogo de succèder à Luc Adolphe Tiao à la primature deviennent caduques. L'avenir de son parti passera-t-il par un retour rapide au sein de l'exécutif, comme le demandaient ses sages, depuis Fada N'Gourma? La formation politique fera-t-elle la promotion de l'accession des libéraux au pouvoir, ce qui justifierait une alliance naturelle avec l'UPC?
Adam Igor