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Menaces sur la transition : Et le RSP ressouda la classe politique

| 16.02.2015
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Menaces sur la transition : Et le RSP ressouda la classe politique
© DR / Autre Presse
Menaces sur la transition : Et le RSP ressouda la classe politique
L'adage selon lequel «à quelque chose malheur est bon» vient de connaître une belle illustration au Faso. Déjà lancés dans la conquête du luxueux palais de Kosyam, les leaders politiques avaient fini par oublier que la chute du président Compaoré avait été la combinaison de leurs effets communs. En effet, depuis que Zeph avait mis fin à ses fonctions de chef de file de l'opposition, les principales formations politiques étaient pratiquement en campagne. Au cours de leurs tournées, mais aussi dans les colonnes des journaux, ils ne se faisaient pas le moindre cadeau. Les uns avaient commencé à sortir les dossiers "sombres des autres". En somme, tous se comportaient comme s'ils étaient dans un processus normal. Il a fallu la très mauvaise initiative du RSP, mercredi 4 février, pour sonner le tocsin. Les hommes politiques ont réalisé, ce jour, que le pays venait d'échapper à un coup de force militaire.


En effet, c'est conscients qu'ils ne peuvent plus prendre le pouvoir d'Etat que les militaires du Régiment de sécurité présidentielle ont voulu dicter leur loi et leur calendrier à la transition. Cela signifiait de facto que les politiques pouvaient aller se faire cuire un œuf. Le seul moyen de maintenir la transition sur les rails a donc été de se réveiller et de donner de la voix. Ainsi, en quelques heures, Zeph a repris du service et les opposants au régime Compaoré ont retrouvé leur unité d'action.

Les Organisations de la société civile n'ont pas été en reste. Leurs responsables, qui s'étaient durement affrontés pour les postes au sein du Conseil National de Transition (CNT), n'étaient plus en odeur de sainteté. Chacun s'était replié sur sa structure et faisait cavalier seul. Comme pour les hommes politiques, ce geste maladroit du Régiment de sécurité présidentielle a poussé à l'union. Les Organisations de la société civile ont ameuté leurs membres. Après une rapide concertation, elles ont décidé de contre-attaquer. Ayant toujours à l'esprit que les Burkinabè n'ont eu raison de Blaise que grâce à leur unité d'action, elles ont rétabli le contact avec les partis politiques pour donner la réplique appropriée à l'affront fait par le RSP. Effectivement, un meeting a été convoqué samedi dernier à cet effet. Certes, ce n'était pas la mobilisation de fin octobre 2014, mais il y avait suffisamment du monde pour faire comprendre le message des acteurs de l'insurrection populaire: aucune remise en cause de la transition ne sera tolérée, encore moins acceptée.

C'est vrai que si les militaires du RSP n'ont pas concrétisé leur velléité putschiste, c'est aussi à cause de la menace de la communauté internationale, mais on ne doit pas oublier que celle-ci ne peut qu'accompagner les acteurs nationaux. Les partis politiques avaient leur raison d'être déjà en campagne parce que, dans ce Burkina où plus rien ne sera comme avant, le vote pourrait porter beaucoup plus sur les programmes que sur les individus et que, de ce fait, les partis ont tout intérêt à occuper le terrain pour faire connaître leurs projets de société. Mais ils ne doivent pas pour autant baisser la garde sur la conduite de la transition.

C'est certainement dans ce sens que le CFOP a annoncé la création d'une sorte de structure de veille. Parce que sa réussite ouvrira une nouvelle page démocratique pour le Faso, aucun effort ne doit être épargné pour la mettre à l'abri de toute secousse. La vigilance est donc de mise. C'est déjà un bon pas en avant avec le soutien que l'ancien CFOP a apporté aux institutions de la transition. Ce soutien fort qui a permis au président de la transition d'avoir le courage de tenir un langage de vérité à la haute hiérarchie militaire qu'il a reçue vendredi dernier.

Adam Igor

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