Nationalisation des usines : Le PM Zida aura du boulot

| 12.12.2014
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Nationalisation des usines : Le PM Zida aura du boulot
© DR / Autre Presse
Nationalisation des usines : Le PM Zida aura du boulot
Plus rien ne sera comme avant. Ce concept, lancé par le président de transition Michel Kafando, semble être appliqué dans les ministères et institutions. Il nous revient que les paiements sont suspendus au niveau des services financiers afin d'y voir clair. Aussi, des contrats passés entre des entreprises et l'administration publique sont en cours de résiliation. Les autorités de la transition soupçonnent du favoritisme dans la passation de ces contrats. En attendant la nationalisation des entreprises privées, on peut dire que l'opération mains propres est en marche.


Dans son interview accordée à la RTB, le Premier ministre Yacouba Isaac Zida a laissé entendre: «S'il le faut nous allons nationaliser certaines usines.» Cette mesure concernerait les usines qui ont bénéficié d'un soutien de l'Etat qui ne respecterait pas les règles de l'art. Une position qu'il a conformée pendant son séjour bobolais. Nul n'a besoin d'un audit pour savoir de quelles usines le Premier ministre parle. Notre intention n'est pas d'orienter le travail du gouvernement. Il faut simplement reconnaître que l'ancien régime a dilapidé l'argent du peuple dans des sociétés prête-noms.
Des sociétés paient peu d'impôts. Elles bénéficient d'exonérations qui ne disent pas leur nom. Les directions générales des imports et des douanes peuvent ressortir les noms. A cette pratique s'ajoute la corruption dont se rendraient coupables les agents de ces services. La conséquence de ces deux faits est le manque à gagner pour les recettes de l'Etat.

Tout le monde se souvient de l'égard dont une société comme Megamonde a bénéficié quand Lucien Marie Noël Bembamba était ministre de l'Economie et des Finances. A l'issue d'une bataille judiciaire contre la Banque commerciale du Burkina, les deux parties ont signé un protocole d'accord de règlement définitif de l'affaire qui les opposait. L'ex-ministre s'est justifié en disant que l'Etat burkinabè était actionnaire à la BCB. Combien de sociétés dans lesquelles l'Etat est actionnaire sont en difficulté mais ne bénéficient pas de soutien de l'Etat? La Société de transformation de la tomate à Loumbila en est un exemple. C'était, au départ un projet, mais l'Etat s'était impliqué par la suite. Avec des nominations de personnes proches de l'ex-famille présidentielle, et des licenciements de personnes annoncées, la société peine à produire sa première boîte de tomate.
La société Brafaso devait faire l'objet d'une liquidation suite à une décision de justice. L'ex-Premier ministre s'y est opposé. Par la suite, Arthur Kafando, ex-ministre de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat, a informé que l'Etat avait racheté Brafaso à 40 milliards de francs CFA. Une société dont les activités sont en arrêt depuis 2006. N'est-ce pas une manière d'extirper le promoteur Mohamed Sogli, dont les amitiés avec Francois Compaoré sont connues, des mains de la justice?

Il en est de même pour les Grands moulins du Burkina (GMB), sis à Banfora, que Salif Kossouka avait rachetés? Au départ, l'Etat s'est porté garant dans l'accès aux prêts bancaires. Kossouka n'a pas pu gérer la société jusqu'à ses déboires avec la justice. Finalement, c'est l'Etat qui a repris la société GMB en changeant son nom pour qu'elle devienne Minoterie du Faso. Combien l'Etat a-t-il investi dans cette société? N'est-ce pas parce qu'elle appartenait à un autre ami de l'ex-famille présidentielle?
Pendant que l'Etat use de plusieurs méthodes pour couvrir certains opérateurs économiques, il reste indifférent face aux difficultés que connaissent d'autres sociétés.
L'ex-Faso Fani, devenu Fasotex, est un cas illustratif. Le marché du pagne est florissant. Cependant, le CDP, qui était aux affaires, préférait commander les siens en Chine ou au Niger au détriment de l'usine nationale. Les commandes des ministères provenaient aussi d'ailleurs, alors que Fasotex n'arrivait pas à s'en sortir. Rien que le pagne du 8-Mars pouvait permettre à Fasotex de prendre un bon souffle pendant l'année.
La liste est longue, mais terminons par Air Burkina, société privatisée à 86%, et qui a pour président du conseil d'administration Mahamadi Sanoh, encore un ami de François Compaoré. Face aux difficultés que connaît la société, son capital a été revu à la baisse à plusieurs reprises. Les agents crient à la mauvaise gouvernance, à des charges inutiles que l'on pouvait éviter, comme la prise en charge des pilotes expatriés alors que la main-d'œuvre locale existe; la révision des avions et les pièces de rechange aux prix qu'ils trouvent trop chers.
L'Etat doit prendre ses responsabilités dans la gestion de toutes ces sociétés.
Si les responsabilités d'un ex-dirigeant sont mises en cause, il doit répondre. D'autres mesures doivent être prises pour que les recettes de l'Etat qui ont servi à couvrir des individus reviennent au peuple qui a chassé les Compaoré du pouvoir.

Djénéba Sangaré

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