Deux mois de transition : Un bilan mitigé?

| 26.12.2014
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Deux mois de transition : Un bilan mitigé?
© DR / Autre Presse
Deux mois de transition : Un bilan mitigé?
Le Burkina Faso fêtera Noël et le nouvel an sans Blaise Compaoré comme président. La période de transition d'un an annoncée en est déjà à son deuxième mois. Quel bilan peut-on faire de cette transition "bimestrielle"? Après l'insurrection et le départ de Blaise Compaoré du pouvoir, on peut retenir que les militaires ont cédé le fauteuil sous la pression interne et internationale. Quatre chefs d'Etat ouest-africains et des envoyés spéciaux de l'Onu se sont dépêchés au chevet du Burkina Faso pour que Michel Kafando accède au fauteuil présidentiel.


Dans le gouvernement qui a été formé, des civils et des militaires qui n'ont jamais rêvé un jour être ministres occupent des postes ministériels. Plusieurs d'entre eux occupent des portefeuilles sans aucune expérience sur le sujet. S'auront-ils se rapprocher des bonnes personnes ou s'entourer de bons conseillers qui connaissent mieux le milieu? Certaines nominations nous font penser le contraire. La promotion se serait largement faite entre copains, voisins, amis ou coreligionnaires...

Le cas le plus patent est la nomination d'Adama Sagnon, dont le nom est associé au non-lieu dans l'affaire Norbert Zongo. Il restera moins de 48 heures dans ce gouvernement, sans même découvrir son bureau.
Depuis la mise en place de la transition, le président Michel Kafando et son Premier ministre Yacouba Isaac Zida excellent dans les annonces spectaculaires. Sont de celles-là l'annonce de l'ouverture de la tombe de Thomas Sankara promise par le président Kafando qui se met davantage en exergue lors des sommets auxquels il participe.

Quant au Premier ministre Zida, il s'est rendu, le 13 décembre 2014, à la place de la Nation pour informer que le dossier Norbert Zongo connaîtra une suite après que le gouvernement eut reporté sa journée des martyrs de l'insurrection qui était programmée le même jour. Dans cette affaire, quels que soient les arguments que le gouvernement avancera, on note sa volonté de noyer la commémoration de l'assassinat de Norbert Zongo le 13 décembre. Cette journée peut-elle être commémorée sans le résultat du travail de la commission vérité et réconciliation?

Pendant ce temps, qu'observe-t-on? Des directeurs généraux de sociétés d'Etat sont déchus de leur fonction en dehors du conseil des ministres alors que des sanctions sont infligées à d'autres en conseil des ministres. Des directeurs généraux de sociétés d'Etat sont nommés en conseil des ministres (Sonabel, Sonabhy, Cameg) pendant que, pour le DG de la RTB, un appel à candidature est lancé. Pourquoi ne pas emprunter la même voie pour tous?

Le Premier ministre a annoncé la nationalisation de la société Socogib. Il a promis la nomination d'un nouveau DG dans les jours à venir. Il est vrai que le ministre de l'Habitat en charge du dossier, Réné Bagoro, est un magistrat de profession, mais la question que l'on doit se poser est la suivante: a-t-on pris le soin nécessaire de régler cette affaire sur le plan judiciaire afin de nous épargner des dédommagements par le Trésor public dans 10 ans? La question s'inspire des actes posés sous la révolution qui ressemblaient bien à des expropriations et qui ont fait l'objet de dédommagements plus tard.

Les Burkinabè attendent toujours des actes forts concernant la vie chère. Au bout de 2 mois, la transition n'a toujours pas proposé de solution dans ce sens. Les lotissements sont suspendus, mais que propose la transition aux nombreux Burkinabè qui aspirent à une parcelle, une première maison? Le prix du baril de pétrole a baissé, mais que propose la transition afin que les consommateurs burkinabè ressentent cette baisse? N'y-a-t-il pas lieu de revoir cette taxe sur les produits pétroliers? Une baisse du prix du carburant suppose une baisse du prix du transport et bien évidemment du prix de certains produits.

A propos du prix des denrées alimentaires (riz, lait, sucre), que propose la transition? Au Burkina Faso, les prix des produits sont relativement chers à cause des impôts et taxes prélevés. Une bonne partie des dépenses de l'Etat provient de ces taxes et impôts. En 2015, des économies peuvent être faites pour le bien-être des Burkinabè. Mais où? L'Etat loue à des privés de nombreux bâtiments à usage de bureaux. Sous Compaoré, les immeubles poussaient comme des champignons parce que chacun savait que l'Etat allait les louer, pendant que des édifices publics sont en état de délabrement. Il est temps de réhabiliter ces édifices pour y loger des services publics. Aussi, l'achat des voitures grève le budget de l'Etat. La transition doit décréter «plus d'achat de véhicules de personnalités pendant 2 ans». Certains achats (ambulances, transports) peuvent être autorisés au cas par cas. Il suffit de se rendre au parc auto de l'Etat pour se rendre compte que des voitures sont sur cale sans avoir roulé. Pendant ce temps, chaque année, des voitures sont achetées et des services manquent de moyens roulants. Quels gâchis!

Les autorités de la transition doivent se bouger. Le pays regorge d'experts à même de proposer des solutions pour le bien-être des Burkinabè. La fin du régime de Compaoré sonne la fin des déperditions de ressources. Utilisons ces ressources pour lutter contre la vie chère.

Djénéba Sangaré

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