11-Décembre à Dédougou : Papa Noël Tiao et ses éléphants blancs

| 26.09.2014
Réagir
11-Décembre à Dédougou : Papa Noël Tiao et ses éléphants blancs
© DR / Autre Presse
11-Décembre à Dédougou : Papa Noël Tiao et ses éléphants blancs
La célébration des festivités du 11-Décembre, édition 2014, dans la boucle du Mouhoun, connaît des débuts assez mouvementés, en raison notamment des promesses de réhabilitation du marché de Dédougou, dont les populations disent ne pas voir un début d'exécution à quelques mois de la manifestation. Mais au-delà de la marche de protestation du 15 septembre 2014, c'est toute la gouvernance publique au Faso qui est ainsi interpellée et renvoyée à ses longues promesses non tenues.

«Tenir sa promesse c'est être un digne chef de gouvernement". C'est en ces termes que les Dédougoulaises et les Dédougoulais en colère ont rappelé à Luc Adolphe Tiao l'importance de la parole donnée.
Et pour cause, celui-ci avait donné l'assurance, quelque temps auparavant, que le marché central de Dédougou, la ville qui doit abriter la célébration de la fête de l'Indépendance, ferait peau neuve. Question de lui permettre de se mouler davantage dans l'ambiance générale de l'événement.

Pour qui connaît l'importance du marché dans le contexte social et culturel local, il comprendra aisément que les attentes étaient donc très fortes par rapport au projet initial. Surtout que bien des gens percevaient en cela des possibilités nouvelles de mieux s'insérer dans le tissu économique local, en profitant aisément de l'opportunité qui leur est offerte de mieux asseoir leurs activités durant la période des réjouissances.
Dans un environnement global marqué par une paupérisation croissante des couches les plus vulnérables de la population, Dédougou 2014 apparaît ainsi, à bien des égards, comme une bouée de sauvetage pour de nombreuses personnes. Ces dernières ont vu dans ces quelques jours de manifestation qui vont contribuer à faire braquer les projecteurs sur leur ville l'occasion rêvée de mieux tirer leur épingle du jeu. Par conséquent ils avaient bon espoir de ne pas sortir totalement bredouilles du deal.

Sauf que, par expérience sans doute, ils connaissent mieux que quiconque l'importance de maintenir la pression sur le gouvernement pour avoir gain de cause. D'où la grande marche de protestation du 15 septembre 2014, assortie d'une menace claire de boycott de l'événement si, d'aventure, ils n'obtenaient pas gain de cause dans les plus brefs délais.
Une perspective qui, bien évidemment, a fait bondir le maire de la ville, qui n'aimerait surtout pas filer ce mauvais coton. D'où ses supplications répétées à l'endroit des manifestants afin qu'ils reviennent à de meilleurs sentiments.

On l'aura aisément compris, la balle se trouve à présent dans le camp des autorités, qui doivent donner la preuve de leur bonne foi dans ce dossier. En particulier le Premier ministre Luc Adolphe Tiao, qui a visiblement fait des promesses de campagne, lors de ses déplacements en province, l'une de ses spécialités.
Le problème est que certaines de ses promesses lancées dans le feu de l'action le sont parfois sous le sceau de l'improvisation totale, en dehors du cadre global de gestion de l'action gouvernementale. En particulier au sujet de la loi de finances que le chef du gouvernement semble parfois tenir pour quantité négligeable dans ses différentes prestations. Toute chose qui, en fin de compte, pose des problèmes de cohérence et de mise à niveau avec le schéma de travail initial.

Plus grave encore, c'est qu'il faut, après tous les discours politiciens tenus devant des foules chauffées à blanc, trouver à l'intérieur des couloirs des différents cabinets ministériels les stratégies et surtout les fonds nécessaires pour ne pas verser la figure du gouvernement et de son chef par terre. Heureusement que dans ces situations les amis et les mécènes qui gravitent habilement autour du régime peuvent aider à colmater les brèches. En mettant la main à la poche comme ils le font et de manière répétitive, ils aident sans aucun doute à sauver les apparences. Même si cela doit causer des entorses aux règles de bonne gouvernance économique et financière. Ce qui, à dire vrai, n'est pourtant pas une nouveauté sous la IVe République. C'est devenu monnaie trop courante.
On se souvient, à ce propos, de la centaine de milliards de francs CFA sortis comme d'un chapeau par le gouvernement actuel au nom, dit-on, des mesures sociales pourtant décriées par les partenaires sociaux. Bref, l'heure est compliquée pour tout le monde. Surtout du côté de Koulouba.

Abel Dabakuyo, le maire de Dédougou, lui, aura fort à faire avec ses administrés dans le laps de temps qui précède la célébration du 11-Décembre à venir. Au plus fort de la contestation, il a ajouté sa parole à celle du Premier ministre, en assurant que ce qui a été dit sera traduit en actes concrets. Au gouvernement donc de jouer sa partition. Car, à la prochaine sortie des marcheurs qui ont d'ailleurs promis de rester vigilants sur la question, il risque d'y avoir du grabuge. Alors même qu'il est question de magnifier l'esprit de cohésion et de solidarité entre tous les Burkinabè, ce serait là une bien mauvaise manière de célébrer la fête de l'Indépendance.

A. Traoré

Publicité Publicité

Commentaires

Publicité Publicité