C'est ce que nous écrivions mot à mot dans notre éditorial de la semaine dernière, convaincus que les héros des marches et contre-marches sont fatigués et que personne n'ayant le monopole de la rue, les acteurs politiques devraient passer à autre chose que la guerre des stades et des rues.
Non ! Nous n'avons pas une boule de cristal magique ni une taupe bien introduite au cœur du pouvoir pour être informés que le président du Faso appellerait ce mardi 23 septembre la classe politique à des concertations, prélude d'un dialogue et pourquoi pas, une table-ronde des partis pour trancher des questions querellées du sénat et du référendum.
Nous n'avons fait que faire des déductions logiques de ce qu'il nous a été donné d'observer de l'actualité politique ces douze derniers mois. En outre, le style de gouvernement de Blaise Compaoré, depuis 1991, est tourné vers le rassemblement, dans une recherche permanente du dialogue et du consensus minimum.
Les enjeux du référendum sur la modification ou non de l'article 37 de la constitution ont beau être des plus importants, on ne voit pas le président du Faso sortir de sa tempérance habituelle pour imposer dans la désinvolture et le mépris des avis contraires, le point de vue de ses partisans, furent-ils de la majorité.
En effet, tout porte à croire que depuis la tenue du Conseil consultatif sur les réformes politiques, CCRP, l'homme s'est donné le temps de l'écoute et de la réflexion. Il n'est pas loin de la décision finale. Peut-être bien qu'elle est déjà prise mais l'homme continue de jouer à la prudence sans perdre de vue l'objectif du référendum porté en bandoulière par les partis qui le soutiennent.
Si oui, les dernières rencontres à Kosyam, le dialogue entre acteurs politiques qui s'annonce, pourrait bien être le dernier tour de table avant que le président ne rende publique sa décision. De là à affirmer que le dialogue à venir soit une digression, une entourloupe qui n'a rien à voir avec la décision finale d'aller ou pas au référendum, il y a un pas que nous n'allons pas franchir.
En effet, des discussions constructives peuvent aboutir à une autre solution, celle d'une relecture de la constitution par voie parlementaire, par exemple. Cette solution n'est pas à exclure quand on sait que l'ADF/RDA ira aux négociations à venir dans le camp de la majorité présidentielle en affirmant qu'elle est prête à des concessions.
Il suffirait qu'elle donne des consignes de vote à ses députés pour que la majorité véritablement soudée regroupe les trois quarts de parlementaires nécessaires à faire passer la modification constitutionnelle sans besoin de référendum.
En vérité, l'appel au dialogue ne nous semble pas une entourloupe destinée à faire gagner du temps aux pro- référendum. C'est une démarche éminemment politique de Blaise Compaoré dans une posture présidentielle, celle d'être garant de l'unité nationale dans un rôle d'arbitre des intérêts partisans dont les divergences peuvent nuire à la cohésion sociale.
Mais comme le médecin, fidèle à son serment d'Hippocrate, Blaise Compaoré, en sa qualité de président de la République, a obligation de soigner et de bien soigner le Burkina malade de ses mésententes politiques mais pour la guérison, c'est la responsabilité collective qui est engagée.
Car Blaise Compaoré ne fera pas de miracle tout seul. La classe politique doit être consciente de cela et se montrer à la hauteur des attentes des populations qui, dans leur immense majorité, veulent une solution pacifique à la crise.
C'est pourquoi certaines positions de principe doivent être abandonnées. Le courage politique, l'ouverture d'esprit pour un dialogue fécond, ne consiste pas à dire : je ne veux pas ceci, je ne veux pas cela, mais plutôt à dire, ceci est-il légitime ou pas ?
Cela est-il légal ou pas ? Pour ce faire, la constitution devrait être l'alpha et l'oméga des références lors des discussions. Hors d'elle, point de salut. Bonjour plutôt la cacophonie des intérêts divergents et incompressibles qui inexorablement vont conduire à un dialogue de sourds !
Dialogue de sourds dans des monologues superposés ! C'est là le danger fatal qui guette les concertations à venir. Ce danger pourrait pousser les concertations à être improductives.
L'inquiétude est d'autant plus justifiée qu'au sortir de l'audience avec le président du Faso, ce 23 septembre, l'opposition, par la voix de son chef de file, a réitéré ses positions de principes, cependant que les irréductibles les plus zélés des comités anti-référendum, appelaient par médias interposés et par le biais des réseaux sociaux, au rejet pur et simple du dialogue.
Radicalisme guerrier quand tu nous tiens ! Sincèrement, peut-on se dire démocrate et refuser un dialogue républicain dans l'objectif de trouver un consensus sur des questions d'intérêt national ? Non.
Mais comme nous l'écrivions également dans notre éditorial de la semaine dernière, sous nos tropiques, on est démocrate, démocrate à moitié selon nos intérêts électoraux et partisans du moment. C'est à ce jeu que joue l'opposition burkinabè et sans faire les prophètes de mauvais augures, si elle reste ainsi figée dans ses « ni... ni », il faut craindre que ce nouveau dialogue n'aboutisse à un blocage sur les questions du sénat et du référendum qu'il est sensé résoudre.
Mais si le blocage redouté se produit, le président du Faso n'aurait pas d'autre choix que de constater l'impossibilité de concilier les points de vue. Dès lors, aura-t-il d'autres solutions que de s'en référer au constituant originel, le peuple, c'est-à-dire le référendum ?