Une tâche qui, on s'en doute aisément, nécessite une veille à toute épreuve. Et plus encore dans un contexte mondial marqué par de multiples crises aux plans politique, économique sécuritaire et humanitaire. Du reste, l'ambassadeur Thibault est arrivé à un moment où le Burkina est véritablement à la croisée des chemins. Avec en toile de fond des tiraillements entre partisans et adversaires d'un nouveau mandat de Blaise Compaoré en 2015. Un débat sur lequel la France, comme on le sait, a répondu à sa manière le 14 juillet dernier.
En tout cas Mushingi Tulinabo, lui, ne se prive pas de dire ce que "eux", les Américains, pensent précisément de la situation actuelle au Faso. Au risque, il est vrai, de froisser quelques oreilles trop sensibles à ce genre de discours. Surtout s'ils ne vont pas dans le sens souhaité. Mais c'est aussi cela la diplomatie "made in USA". Un mélange de douceur, de compromis, de fermeté dans le ton et dans la manière, et qui peut plaire ou agacer. Une manière de faire dont certains s'accommodent en fonction de leurs intérêts du moment. Mais qui a au moins l'avantage de la précision et de la clarté.
Entre le Français Gilles Thibault et l'Américain Mushingi Tulinabo, le débat est donc lancé. A chacun selon sa vision du monde.
Gilles: Cher ami, comment allez-vous? A toi et à ton équipe, j'adresse mon salut très Hollandais.
Mushingi: Merci. Nous les Américains sommes fiers du soutien de la France aux côtés du peuple américain pour continuer d'être le gendarme du monde partout où besoin est. Encore "merci pour ce moment" de franche collaboration.
Gilles: Entre partenaires, c'est important de se soutenir mutuellement.
Mushingi: Et plus encore quand les sondages ne sont pas bons.
Gilles: Oh! les sondages. Encore et toujours les sondages. Mais tu sais, ce ne sont que des sondages après tout. Hein?
Mushingi: Effectivement. Raison de plus pour en tenir compte.
Gilles: La France est une grande nation. Elle gagnera la guerre contre la déprime. Elle ne se laissera pas intimider par quelques menaces.
Mushingi: C'est bien pour cela que nous les Américains sommes à vos côtés. Même en scooter.
Gilles: C'est toujours un honneur pour la France, pays des droits de l'homme et de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, d'assurer sa place dans le monde avec un allié tel que les USA.
Mushingi: Oui, cela est vrai. Et je crois que nous continuerons d'aller dans ce sens.
Gilles: Oui, mais en attendant, nous devons surtout bien suivre l'évolution de la situation chez nos amis burkinabè. Aurais-tu quelques informations à me tweeter? Apparemment c'est un peu chaud en ce moment.
Mushingi: Assez chaud, mon cher. Mais je crois qu'il y a eu amorce de dialogue direct, n'est-ce pas?
Gilles: Oui. Pourvu que cela conduise à une bonne solution.
Mushingi: Mais tu en penses quoi, toi, de tout cela? Tu penses qu'ils vont oser y aller?
Gilles: La France pense que les Burkinabè ont droit à la démocratie. La bonne démocratie. Celle qui se met en œuvre derrière les lignes rouges.
Mushingi: Une démocratie avec des démocrates. N'est-ce pas ce que tu veux dire?
Gilles: Bien évidemment. Et c'est pour cela que nous sommes vigilants. Surtout concernant nos intérêts. Mais pendant que nous y sommes, je crois que Compaoré vous a un peu rendu la politesse.
Mushingi: Non. Pas du tout. Compaoré ne peut pas nous répondre à nous les Américains.
Gilles: Ah bon? Pourtant c'est bien ce qu'il a fait!
Mushingi: Oh! tu sais, il faut le comprendre. Il voulait juste un MCA lenga. C'est juste pour cela qu'il a dit cela.
Propos recueillis, à la Maison de France à Ouagadougou, par JJ
Journal du Jeudi N°1201 du 25 septembre au 1er octobre 2014