Imprimer cette page

Blaise et la transition au Faso : Si loin et si proche à la fois...

| 06.03.2015
Réagir
Blaise et la transition au Faso : Si loin et si proche à la fois...
© DR / Autre Presse
Blaise et la transition au Faso : Si loin et si proche à la fois...
Blaise Compaoré aurait-il toujours envie de revenir au pouvoir après sa chute et sa fuite mouvementée en Côte d'Ivoire? Et ce après près de trois décennies passées à la tête de son pays? Pour les uns, la réponse est simple: l'ancien chef de l'Etat burkinabè n'a toujours pas digéré son éviction de la Présidence du Faso et nourrit vraisemblablement une soif de revanche.


Notamment envers certains acteurs politiques de son pays qu'il tient pour responsables de son humiliation aux yeux de la planète entière. Pour d'autres encore, il ne serait tout simplement pas étranger à certains remous au point de tirer discrètement les ficelles depuis son exil ivoirien, via des anciens collaborateurs qui sont, dit-on, ses yeux et ses oreilles auprès des nouvelles autorités en place depuis le soulèvement populaire.
L'information émane de l'hebdomadaire "Jeune Afrique" et est reprise par le quotidien "Le Pays". Elle résume sans doute à elle seule la situation paradoxale dans laquelle se trouve actuellement l'ancien Président: on y lit notamment que «le choc du 31 octobre n'aurait pas été digéré et le président déchu serait encore atteint psychologiquement. Toujours en contact avec son ancien bras droit, Gilbert Diendéré, il garde l'œil sur la situation à Ouagadougou tout en veillant à ne pas intervenir de manière trop visible pour ne pas semer le désordre dans le pays qu'il a dirigé pendant 27 ans».

Une chose est sûre, autant Blaise Compaoré est intéressé -et à juste titre- par la situation dans son pays, autant les Burkinabè le suivent constamment du regard. Ses moindres faits et gestes sont scrutés et abondamment commentés dans les lieux publics, dans la presse et sur les réseaux sociaux.

On comprend alors pourquoi l'information de son déménagement de Yamoussoukro vers Abidjan, en Côte d'Ivoire, avec compagnons d'infortune et bagages, n'est pas passée inaperçue. Elle est venue s'ajouter à une longue actualité politique faite de manifestations en tout genre. En particulier celles qui concernent l'ex-parti majoritaire dont quelques-uns tentent de remobiliser ce qui reste encore de militants dans leurs rangs après les départs en cascade vers d'autres formations politiques.

Ces derniers, qui ne cachent pas leur volonté de revoir leur champion revenir au premier plan, ont profité de la levée de la suspension qui frappait leur parti pour essayer, à leur manière, de faire bonne figure. Rassemblements par-ci, petites phrases parfois malheureuses et provocatrices par-là, ils veulent croire que le pouvoir d'Etat qu'ils ont perdu peut encore leur revenir. Avec bien évidemment la bénédiction de leur mentor.

Finalement la leçon principale à tirer de toute cette agitation, c'est que Blaise Compaoré, à l'image de bien d'autres dirigeants africains, n'a pas su ou voulu préparer intelligemment et sagement l'après-pouvoir. Il a préféré s'enfermer dans une logique jusqu'au-boutiste, comme si avant lui le pays n'avait jamais existé et devrait ne plus exister après lui.
A l'heure actuelle, bien des Burkinabè, appuyés par des organisations de la société civile, continuent d'ailleurs de réclamer des comptes. En particulier au sujet des graves atteintes aux droits de l'homme qui ont émaillé l'insurrection populaire de fin octobre 2014.

C'est le cas de l'ONG Amnesty International, qui pointe du doigt la responsabilité des éléments du Régiment de sécurité présidentielle, le RSP, qui était directement sous les ordres du régime Compaoré. Il est notamment accusé d'avoir une responsabilité dans les nombreuses tueries de manifestants.

En outre, le récent scandale de produits périmés saisis chez l'homme d'affaires Boureima Ouédroago, P-DG de l'entreprise OBOUF, apparaît aux yeux de certains burkinabè comme la manifestation expressive de ces nombreuses années de mal-gouvernance et qui ont été marquées par un laxisme sans limites...

Quoi qu'il en soit, l'hypothèse d'un retour en grâce de Blaise Compaoré auprès des Burkinabè demeure aussi irréaliste qu'illusoire. Et ce n'est certainement pas la très sankariste Germaine Pitroipa qui dira le contraire. Elle qui, toute émue, a remercié les jeunes du Faso d'avoir séché (leurs) larmes qui coulaient depuis 27 ans.

Quant à Michel Kafando, le Président de la Transition, désormais un peu plus en pointe par rapport à son Premier ministre, il affirme ne pas voir l'intérêt d'une rencontre entre lui et l'exilé de Cocody ambassade. Au contraire, sur RFI il a, pour une des rares fois en tout cas, mis ouvertement en garde contre tous ceux qui, de l'extérieur, s'aviseraient de vouloir travailler contre la Transition. Une manière sans doute pour lui de rassurer ceux qui, dans son propre camp, dénoncent l'absence supposée de fermeté par rapport aux agissements d'une partie de la classe politique adossée à l'ancienne majorité.

A. Traoré

Publicité Publicité

Commentaires

Publicité Publicité