Ici au Faso-où-la-vie-est-dure, le bras de fer se poursuit entre le pouvoir et l'opposition. Cette dernière a d'ailleurs battu le pavé le week-end dernier pour réaffirmer son opposition à la tenue d'un référendum sur la modification de l'article 37 de la Constitution. Prévu pour novembre 2015, le prochain scrutin présidentiel au Burkina fait l'objet de toutes les polémiques. Les démonstrations «recto-verso avec intercalaires» se poursuivent et l'opposition ne revendique pas moins de... 100 000 manifestants ayant participé à la marche du 23 août dernier. «Cette mobilisation gigantesque, historique, est un message fort» au président Compaoré, a lancé Zéph le trouble-référendum en chef du moment.
Si au Burkina on en est encore à guetter la fumée blanche de l'annonce effective de la tenue du référendum pour savoir sur quels trépieds danser, la commission chargée de l'organisation des élections générales soudanaises est montée au créneau le 6 août dernier pour indiquer que le scrutin se tiendra le... 2 avril 2015. Au grand dam de l'opposition qui considère que «ce vote lui est imposé». On ne sait pas encore si le chef de l'Etat sortant, Omar el-Béchir, sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre présumés au Darfour (Ouest), demandera au sésame de lui rouvrir à nouveau les portes du palais de la présidence, qu'il occupe depuis 1989. «Nous voulons avoir des élections transparentes et équitables», a toutefois déclaré Moukhtar Al-Assam, chef de la Commission électorale nationale soudanaise. On lui en sait gré.
Au Togo aussi, on se hâte lentement pour l'élection présidentielle de 2015. Ici, pas de référendum qui tienne pour savoir si Faure restera fort. Non, la majorité acquise au pouvoir a déjà réglé la question en rejetant hardiment cette affaire de limitation-là. Projetée pour mars de l'année prochaine, le scrutin a déjà enregistré son premier candidat! Et puisqu'en la matière rien ne sert de courir, Alberto Olympio, neveu de l'ancien opposant historique Gilchrist Olympio, a décidé de partir à point. Leader de la 104e formation politique de ce petit pays de 56 000 km2, le brave homme a été investi par le Parti des Togolais (PT) au terme d'un congrès tenu les 1er et 2 août derniers.
Bon, si cela se trouve, c'est donc le Togo qui ouvrira le bal des élections présidentielles l'année prochaine. Mais cette fameuse année-là, il y aura aussi le Nigeria, la Côte d'Ivoire, la Guinée... Et même la Centrafrique, dont on sait plus si ni quand la transition va s'arrêter. Bon, chez les voisins qui ne voient rien, il va falloir attendre octobre, mais l'ADO qui n'est plus adolescent en politique a déjà pris les devants et marque son sentier vers la caverne d'Ali Baba, en quête d'un nouveau «Sésame, ouvre-toi»! Au Nigeria, l'annonce en a été faite récemment, le Goodluck Jonathan, qui n'a décidément pas de chance, est calé dans les starting-blocks pour un rebelotage.
Il n'y a pas jusqu'en Guinée où Alpha ne se prépare pas à rempiler. Même si son plus fidèle opposant, Cellou Dalein Diallo, trouve déjà le temps long pour en découdre et s'installer enfin à la présidence. «Nous avons libéré la Guinée de la peur, 2015 est déjà trop loin pour nous...», a laissé entendre récemment le patron de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) à Chicago, alors qu'il était en tournée aux States. Bon, 2015 s'annonce en tous les cas politiquement très mouvementé sur le continent...
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Article 37 : L'opposition burkinabè rugit à proximité de Kosyam
Désormais sûre de son fait, l'opposition burkinabè continue de mettre la pression sur le pouvoir en place. Objectif: contraindre ce dernier à respecter les termes actuels de la Constitution qui limitent le nombre de mandats à deux. Illustration parfaite de cette stratégie, c'est la marche-meeting du 23 août 2014 qui s'est déroulée non loin de la Présidence du Faso. Pour, dit-on avec ironie du côté de l'opposition, signifier clairement au locataire actuel de Kosyam la fin prochaine de son contrat de bail.
Jusqu'au bout, le pouvoir burkinabè aura multiplié les obstacles (c'est de bonne guerre, diront certains) pour tenter de torpiller à sa manière la marche-meeting de l'opposition du 23 août 2014. Depuis les obstacles administratifs jusqu'à l'organisation de manifestations parallèles au même moment et quasiment aux mêmes heures de la journée. Comme par exemple cette manifestation de femmes du Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, opportunément réunies à la Maison du peuple, pour, selon ses organisateurs, solliciter officiellement de la part de Blaise Compaoré qu'il convoque (enfin) ce fameux référendum qu'elles attendent en vain. Du reste, au sein du parti au pouvoir, certains ne font plus mystère de leurs inquiétudes concernant une stratégie qu'ils disent ne plus comprendre.
Forts de leurs succès antérieurs, les partis politiques de l'opposition réunis autour du Chef de file de l'opposition politique, le CFOP, viennent ainsi de gagner leur nouveau pari, celui de parvenir à rassembler à nouveau leurs militants et sympathisants autour du respect de la clause limitative des mandats présidentiels au Burkina. Et cela après les déclarations faites dans la presse (internationale) depuis les USA par le chef de l'Etat burkinabè. Des propos dans lesquels Blaise Compaoré prenait le contre-pied du président américain sur la question des institutions en Afrique et maintenait par la même occasion l'idée d'un référendum au Burkina pour clarifier, selon lui, le débat actuel autour de l'article 37 de la Constitution. Une position immédiatement condamnée, de manière énergique, par l'opposition, qui y a vu une provocation de la part du doyen des chefs d'Etat de la sous-région ouest-africaine.
Résultat: une nouvelle démonstration de force mobilisatrice dans les rues de Ouagadougou. En termes de bilan et au vu de l'engouement suscité auprès d'une partie de l'opinion nationale, on peut dire que Zéphirin Diabré et ses camarades viennent sans aucun doute de réaliser, avec cette nouvelle sortie sur le terrain politique, un double et franc succès.
Primo, ils sont parvenus, en dépit des craintes exprimées en amont de l'événement, à maintenir le niveau général de la mobilisation. Au terme de la marche, certains ont avancé le chiffre de 100 000 manifestants.
De la même manière, l'image d'unité des leaders de l'opposition que l'on disait pourtant écornée par des agendas divergents est encore apparue tout au long de l'événement. Toute chose qui pourrait bien valoir son pesant d'or dans les semaines ou les mois à venir. On oublierait presque ces malheureux incidents survenus en marge de l'événement et provoqués par des éléments perturbateurs. Ce qui aurait pu, dans le contexte national actuel, conduire à d'autres débordements. Heureusement d'ailleurs que l'ardeur des uns et des autres a pu finalement être contrôlée.
Secundo, en empruntant avec succès son nouvel itinéraire dans la partie sud de Ouagadougou, c'est-à-dire non loin des bureaux du chef de l'Etat, l'opposition burkinabè est parvenue à satisfaire une partie de sa base qui réclamait à cor et à cri un message plus fort et plus ferme à l'endroit de l'homme fort de Kosyam.
C'est désormais chose faite et les "8 kil" de trajet avalés en cette période hivernale n'ont de toute évidence pas entamé la détermination des marcheurs qui, pour l'occasion, ont refait le plein de slogans et de formules pour crier leur colère et refuser, selon eux, «la patrimonialisation du pouvoir» au Burkina.
Pour les organisateurs, il s'agit de toute évidence d'une autre victoire qu'ils mettent sur le compte de la volonté de changement des Burkinabè. C'est un point de vue repris par certains leaders de l'opposition qui ne cachaient pas leur joie de constater que leur appel à manifester a été bien suivi. Eux qui disaient croire ardemment au succès de l'organisation mise en place à cet effet. Ils ont désormais de quoi s'estimer heureux d'avoir pu donner la preuve de leur maîtrise de la situation.
Plus que vers le Congrès pour la démocratie et le progrès, le CDP, c'est désormais vers le chef de l'Etat burkinabè que l'opposition dit avoir le regard tourné. Avec l'espoir, dit-elle, que son message a été bien compris et que le capitaine reviendra à de meilleurs sentiments en dépit des pressions qu'exerceraient sur lui les plus extrémistes de son camp. C'est l'avis d'Ablassé Ouédraogo, le président du parti le Faso Autrement. Il espère toujours, dit-il, que Blaise Compaoré acceptera de sortir par la grande porte...
A. Traoré
Journal du Jeudi N°1197 du 28 août au 3 septembre 2014