L'homme qui, dans une vidéo de 2012, a affirmé un goût prononcé pour le meurtre en déclarant «j'aime tuer tous ceux que Dieu me demande de tuer, comme j'aime tuer les poulets», a encore fait couler le sang d'innocentes victimes ce mardi dans un marché bondé de la ville de Jos. Deux déflagrations à une heure d'intervalle ont fait une centaine de morts et de nombreux blessés.
Une «attaque tragique contre la liberté humaine» perpétrée par des hommes «cruels et diaboliques»selon le président Goodluck Jonathan, qui à l'image du pays et de ses institutions, semblait dépassé par les événements.
En effet, en l'espace de seulement quelques semaines, la sinistre organisation terroriste a fait des ravages : le double attentat à Abuja, l'enlèvement des 200 lycéennes et des attaques diverses.
Le bilan ne cesse de s'alourdir au plus grand désarroi des autorités fédérales qui, malgré les promesses d'aide de la communauté internationale, ne savent toujours pas à quel saint se vouer pour mettre fin à cette satanée descente aux enfers.
Alors que va maintenant faire Goodluck Jonathan, lui qui, il n'y a pas si longtemps, n'avait pas daigné faire le déplacement à Chibock, la ville où les 200 malheureuses ont été capturées pour être convoyées vers l'inconnu. Déjà en difficulté sur le plan politique, le président avait réitéré mardi son engagement à "gagner la guerre contre le terrorisme".
Et pour ce faire, le Parlement nigérian avait validé le même jour la prolongation de l'état d'urgence en vigueur dans trois Etats du Nord-Est. Mais cette mesure d'exception, déjà en vigueur depuis mai 2013, accompagnée d'une vaste offensive militaire, n'a jamais permis d'enrayer les violences, bien au contraire. Les attaques se sont multipliées, visant de plus en plus les civils.
Aujourd'hui au pied du mur, le chef de l'Etat nigérian sera bien obligé de prendre cette fois le taureau par les cornes et de ne plus se contenter de déplorer depuis son palais d'Abuja les ravages de la secte sanguinaire. Le pays est dans de beaux draps, des draps maculés du sang d'innocentes victimes, et nul ne sait jusqu'où ira l'effusion avant que périsse la bête immonde.
En tout cas, tout semble être fait pour que l'actuel président laisse des plumes et peut-être bien davantage dans le combat qui oppose désormais la république, laïque, et ses institutions à ces fous de Dieu.
H. Marie Ouédraogo